Commission sur la mort dans la dignité: le débat est lancé dès l'ouverture

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Le débat sur la légalisation de l'euthanasie s'annonce houleux et complexe. (Photothèque Le Soleil)

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Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne

Le débat sur la légalisation de l'euthanasie s'annonce houleux et complexe.

Dès l'ouverture des audiences publiques de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, mardi à Montréal, celle-ci a été saisie de deux points de vue diamétralement opposés en matière d'euthanasie.

Première intervenante, l'AFEAS régionale Montréal-Laurentides-Outaouais s'est prononcée en faveur d'une aide médicale active aux personnes qui décident de façon éclairée de mettre un terme à leur vie lorsqu'elles sont sans espoir de guérison.

Sa présidente, Line Chartrand, a expliqué que les AFEAS (Association féminine d'éducation et d'action sociale) avaient longuement discuté de la question avant d'en arriver à cette position lors de leurs congrès en août dernier. «Nombreuses sont les personnes qui se posent des questions sur la prolongation de la vie au détriment de la qualité de vie (...) Quand la médecine ne peut plus rien faire pour nous, devrions-nous avoir le droit de mourir comme on l'entend, selon notre volonté, au moment voulu et en recevant l'aide du monde médical?»

La réponse de l'organisme a été très claire. «Pour éviter qu'une agonie prolongée ne prive certaines personnes de leur dignité et du contrôle de leur vie, des voix s'élèvent pour réclamer des moyens qui permettent de mourir dans la dignité. Il est injuste de condamner quelqu'un à vivre contre son gré», a conclu Mme Chartrand.

L'organisme a toutefois ajouté des balises à cette notion, notamment que la personne qui réclame une telle aide ne soit pas en détresse psychologique, qu'elle ait obtenu le soutien moral et spirituel requis, qu'elle ait eu le temps de mettre ses affaires en ordre et de faire ses adieux.

L'organisme de défense des droits des femmes demande donc aussi à Ottawa de modifier le Code criminel en conséquence.

À l'opposé, l'organisme Vivre dans la dignité est venu réclamer le maintien d'une stricte interdiction de l'euthanasie dans le Code criminel. L'organisme, qui se dit apolitique et sans lien religieux, est présidé par le chef du département de médecine générale du CHUM, le docteur André Bourque. Celui-ci a dit craindre que l'euthanasie devienne la solution facile et économique pour traiter les personnes les plus démunies, les plus faibles et les plus vulnérables, rappelant notamment que les personnes âgées, dont le nombre s'accroîtra considérablement au cours des prochaines années, entrent dans cette catégorie.

«Aucun mécanisme de contrôle ne va empêcher les abus, a soutenu M. Bourque. Les abus envers les personnes âgées sont déjà préoccupants dans notre système de santé. L'euthanasie deviendra la formule-type de l'abus, sauf que c'est une forme irrémédiable.»

Le docteur Bourque a rappelé qu'il existe une alternative à l'euthanasie, en l'occurrence des soins médicaux pouvant soulager la douleur et la souffrance dans presque tous les cas. Le problème, a-t-il précisé, réside dans le fait que ces soins sont difficilement accessibles au Québec.

«On réclame l'euthanasie surtout parce que les familles ne reçoivent pas les soins efficaces appropriés. L'euthanasie n'améliorera pas les soins. Il nous semble clair que l'euthanasie ne saurait en aucune circonstance être un soin, que l'euthanasie mine gravement la solidarité sociale, porte atteinte aux droits des personnes faibles et démunies et les met en danger», a-t-il fait valoir.

Par ailleurs, le docteur Bourque a déploré que plusieurs confondent l'euthanasie, à laquelle il s'oppose et qui est illégale, et le refus de traitement, qui est légal et par lequel un patient souffrant décide de mourir naturellement de sa maladie. Il a également fait état de son opposition à l'acharnement thérapeutique, qui prolonge inutilement l'agonie du patient.

Le chef du service de soins palliatifs du CHUM et ex-doyen de la faculté de médecine de l'Université de Montréal, le docteur Patrick Vinay, qui est vice-président de Vivre dans la dignité, a fait valoir que ce sont davantage les proches de patients qui demandent l'euthanasie que les patients eux-mêmes mais que lorsque ces derniers le font, c'est parce que leur maladie est mal contrôlée. Or, ce contrôle est non seulement possible, il est souhaitable, affirme-t-il.

«La fin de la vie n'est pas seulement une période d'ombre et de souffrance. C'est aussi une période riche qui permet au mourant et à ceux qui l'entourent de vivre une expérience profondément humaine si on réussit à enlever et la souffrance et la douleur et ceci est largement possible», a déclaré le docteur Vinay.

La Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité visitera huit villes au cours des prochaines semaines. Outre Montréal, Québec, Gatineau, Saint-Jérôme, Sherbrooke, Rimouski, Trois-Rivières et Saguenay se trouvent sur son itinéraire.


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