Retraité depuis 1999, Ken Lyons a travaillé pour Nortel Networks pendant 33 ans, dont 20 passées dans la région d'Ottawa-Gatineau. Pancarte au poing, il ne s'oppose pas à la vente d'actifs de l'équipementier canadien à la multinationale suédoise Ericsson. « Ce qu'on veut, dit-il, c'est qu'ils imposent des conditions. »
Placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, Nortel présente une caisse de retraite déficitaire. Pis encore, les anciens employés n'apparaissent pas comme des créanciers prioritaires selon la loi. M. Lyons craint de voir sa rente réduite de près de 30 % et ses avantages sociaux carrément disparaître.
Prestations amputées
« Des gens vont perdre leur maison, dit-il. D'autres, qui sont dans des foyers, ne pourront plus se permettre de payer les montants requis. Les gens qui sont en invalidité de longue durée vont perdre 90 % de leurs prestations. Sans compter le sort réservé aux employés licenciés. Ça n'a pas de sacré bon sens ! »
Le Gatinois Roger Séguin, un ingénieur électricien qui a travaillé chez Nortel de 1967 à 1997, entretient un « espoir mitigé » face à la rencontre d'hier. « Si le gouvernement s'était impliqué quand Nortel a demandé de l'aide au début de 2009, on ne serait pas dans cette situation-là. »
M. Séguin s'attriste devant la vente à la pièce des unités d'affaires de Nortel, un géant qui a longtemps été à l'avant-garde et qui a développé d'innombrables brevets. Ces inventions se retrouveront entre les mains de sociétés étrangères.
« Bonne affaire »
« Les gens intéressés à acheter les unités de Nortel flairent une bonne affaire. Pourquoi, au Canada, on ne serait pas capable de mettre un peu d'argent dans cette entreprise ? Dans des pays comme la Chine, la Suède et l'Allemagne, les unités semblables à Nortel ont un très bon soutien de leur gouvernement. Pour eux, ça veut dire de bons salaires et de bonnes sources de taxes », estime M. Séguin.
Les manifestants - provenant essentiellement de la région d'Ottawa-Gatineau, mais aussi de Montréal et Toronto - implorent les membres du Comité de l'industrie, des sciences et de la technologie de convoquer une deuxième séance d'urgence afin de les entendre. Ils estiment avoir rallié le Bloc québécois et le Nouveau parti démocratique à leur cause. « On essaie de convaincre les libéraux, mais les conservateurs sont complètement contre. Ils ne voulaient même pas avoir de comité aujourd'hui (hier) », déplore M. Lyons.
Le Comité de sauvegarde des retraités et ex-employés de Nortel demande à Ottawa de modifier les lois sur la faillite et d'assurer que toute vente d'actifs soit conditionnelle à l'octroi de compensations « justes ».
AVEC LOUIS LAFORTUNE











