Koïchi Watanabe a toutefois fait ce pari, en 1979. Trente ans plus tard, ce Japonais devenu citoyen canadien ne regrette rien. Et c'est à partir de Gatineau qu'il s'est lancé dans l'aventure.
De Toronto à Montréal, en passant par la région, on peut voir les produits de La Soyarie, son entreprise, sur les étagères des épiceries à grande surface et des magasins spécialisés. Sans savoir que ce tofu vient d'ici. À partir de son usine hulloise, la PME fabrique une vingtaine de produits à base de soya.
« Ma mère faisait du tofu et je n'ai jamais pensé que je deviendrais un jour un fabricant de tofu. Je n'avais pas vraiment imaginé que ça deviendrait aussi gros. Dans mon esprit, je me suis dit "Pourquoi pas ? C'est connu au Japon depuis 2000 ans, pourquoi est-ce que ça ne viendrait pas ici aussi ?"»
Bien des détours
Âgé de 56 ans, M. Watanabe a fait bien des détours avant de se retrouver en Outaouais. Né dans une famille d'agriculteurs, à 40 kilomètres de Tokyo, il quitte la campagne japonaise à l'âge de 22 ans pour partir à l'aventure en Amérique du Sud. C'était les années 1970, la période hippie.
« Je voulais découvrir un monde différent, loin du Japon et de la culture japonaise. Je suis parti un an et j'ai rencontré mon ex-épouse au Guatemala, en Amérique centrale. Une francophone originaire de Kapuskasing. Alors j'ai changé mes plans. Au lieu de revenir au Japon, j'ai voulu aller travailler à Vancouver, où il y avait une communauté japonaise. » Comme son ex-épouse, Francine Costas, était aussi enceinte de leur premier enfant, le couple a finalement choisi de s'établir à Ottawa en 1975. Sa femme avait des amis dans la région. « C'était l'époque hippie et nous vivions dans une coopérative. »
Koïchi Watanabe y rencontre d'ailleurs un hippie américain qui possédait un livre sur le tofu. « À l'époque, il n'y avait pratiquement pas de tofu à Ottawa. Il y avait une petite épicerie japonaise qui en faisait venir de Toronto une fois par semaine et c'est tout. »
Il s'est mis à essayer de faire du tofu maison à partir de fèves. Le procédé de base n'est pas si difficile, mais sans équipement, il lui a fallu plusieurs essais.
Après un bref retour à la campagne, dans la région de Shawville, où il a tenté la vie du hippie autosuffisant, M. Watanabe, son épouse et leur premier enfant se retrouvent à Hull.
Il travaille alors comme barman et plongeur dans divers restaurants d'Ottawa. Puis il décide de se lancer en affaires, sans détenir de diplôme en gestion ou quoi que ce soit.
Départ en affaires
Son ex-épouse et lui créent La Soyarie dans un local de 1000 pieds carrés, sur la rue Saint-Étienne, dans le Vieux-Hull. Il ne vendait que de 1000 $ à 1600 $ de produits par mois, un commerce pas très rentable. Sa planche de salut sera l'arrivée des magasins d'aliments naturels à Ottawa-Gatineau. « C'est devenu de plus en plus gros et je me suis dit qu'il y avait des occasions d'affaire. »
Dix ans plus tard, en 1989, La Soyarie déménage de nouveaux locaux, sur la rue Adrien-Robert. M. Watanabe passe alors de la fabrication artisanale à des installations professionnelles.
Puis, en 2004, l'entreprise achète de nouveaux équipements à la fine pointe, entièrement automatisés. Il ajoute alors plusieurs nouveautés à sa gamme de produits. C'est d'ailleurs cette année-là que les revenus bondissent, pour atteindre maintenant 2,3 millions de dollars par an.
La Soyarie transforme plus de 500 tonnes de fèves de soya par année. À partir de fèves biologiques, l'entreprise fabrique du tofu traditionnel, soyeux ou assaisonné. Elle produit aussi des produits dérivés, tels les burgers, les galettes de tofu et une toute nouvelle ligne d'aliments prêt-à-servir. Elle est aussi fournisseur en vrac pour d'autres compagnies, dont Fontaine Santé, une entreprise québécoise qui utilise le produit de Gatineau dans sa tartinade au tofu.
En 30 ans, le tofu a fait du chemin au Canada. M. Watanabe est toutefois fort conscient de l'image de ce produit dans l'esprit de plusieurs Canadiens : fade.
« La question qui persiste est "Qu'est-ce que je fais avec tu tofu ?"» Tout est dans la façon de l'apprêter, dit-il.
Faible en gras, peu calorique, mais riche en protéines, le tofu prend les saveurs que vous voulez, que ce soit avec des légumes ou diverses sauces et épices.
Dans l'avenir immédiat, Koïchi Watanabe veut surtout faire grandir son entreprise en concoctant de nouveaux produits.
Père de trois enfants - deux d'âge adulte et un bébé de 2 ans -, l'homme d'affaires ignore s'il aura une relève. Il croit que La Soyarie sera encore là, même si ce n'est pas un Watanabe qui la dirige. « Si ce n'est pas mon fils, ce sera quelqu'un d'autre. Nous sommes établis. »











