Ils réclament aussi que leur fonds de pension soit protégé si la compagnie déclare faillite.
« Plusieurs investisseurs ont perdu leurs économies à cause des manoeuvres frauduleuses de Norbourg, mais dans notre cas, c'est en toute légalité que Fraser est en train de nous jouer », déplore Paul Desrosiers, un employé cadre à la retraite.
« La rente de pension n'est pas un cadeau de l'employeur. Les travailleurs ont payé des montants considérables pendant 20 à 40 ans pour que la compagnie mette cet argent de côté en leur nom pour leur retraite. Aujourd'hui, ils se sentent floués de 171 millions de dollars. »
En Outaouais, c'est plus de 1250 retraités de Papiers Fraser (ou des précédents gestionnaires de l'usine thursolienne) qui risquent de perdre plus de 40 % de leur prestation de retraite.
En juin dernier, Papiers Fraser s'est placée sous protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers. Au 31 décembre 2008, la compagnie devait 171 millions de dollars au fonds de retraite.
« Je pense que les politiciens ne réalisent pas le nombre de personnes affectées par ce grave problème. Il faut qu'ils sachent que les rentes de certains ont déjà diminué de 70 % et il n'y a personne qui réagit à ça », dénonce M. Desrosiers
En Ontario, les fonds de pension sont garantis par loi pour un montant maximum de 12 000 $ par année. Aux États-Unis, c'est 54 000 $. Mais au Québec, il n'existe aucune loi de la sorte pour protéger les retraités.
« Il y a deux ans, le gouvernement québécois a changé la loi pour permettre aux compagnies d'étaler sur dix ans au lieu de cinq les sommes dues pour combler le déficit dans un fonds de retraite. Donc que les politiciens ne viennent pas nous dire qu'ils ne sont pas capables de modifier la loi pour que nos fonds de pension soient garantis en devenant des créanciers privilégiés », souligne Claude Lalonde, retraité après 40 ans de services à l'usine de pâtes kraft de Thurso.
Brookfield pointé du doigt
Les retraités en ont également gros sur le coeur contre Brookfield, l'actionnaire majoritaire de Papiers Fraser.
« Nous avons rencontré les dirigeants de Brookfield, en Outaouais, mais ça n'a rien donné. C'est comme s'ils nous disaient : vous faites bien pitié, mais arrangez-vous », fait remarquer M. Desrosiers.
Lorsque le fonds de retraite était excédentaire, la compagnie n'était pas obligée de contribuer au fonds. Mais maintenant qu'il est déficitaire, Papiers Fraser est tenue par la loi de renflouer la cagnotte. Les retraités soutiennent que Brookfield a le devoir moral de combler le déficit.
Mais depuis que Papiers Fraser s'est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers, aucune contribution n'a été faite au fonds de retraite.
Québec devrait « porter ses culottes » et saisir le barrage de Brookfield sur la Lièvre pour la forcer à renflouer le régime de retraite de Papiers Fraser, estime Richard Lahaie, le président du syndicat de Papier Masson.











