Avec le démantèlement historique du géant Nortel Networks et des investissements anémiques en haute technologie, la capitale fédérale peut-elle encore se targuer d'être la « Silicon Valley du Nord » ?
« On n'utilise plus cette expression dernièrement », répond Claude Haw, président du Centre de recherche et d'innovation d'Ottawa (OCRI), l'organisme de développement économique de la Ville d'Ottawa responsable du secteur de la haute technologie.
« Mais je pense que nous demeurons une région très dynamique sur le plan de la haute technologie. La réalité est que nous sommes encore connus pour notre esprit d'innovation, à Ottawa-Gatineau. Nous connaissons des périodes de transition et les gens profitent de nouvelles occasions. »
N'empêche que l'année 2009 a très mal commencé pour le secteur techno. Après s'être placée sous la protection des tribunaux au Canada et aux États-Unis pour éviter la faillite, Nortel a abandonné la bataille et lancé une vente aux enchères de ses divisions.
La multinationale - avec sa longue histoire et ses brevets - a été vendue à la pièce aux plus offrants. Une triste fin pour un joyau canadien dont les origines remontent à 1895, lorsque l'opérateur Bell a créé une filiale baptisée Northern Electric and Manufacturing Company Limited.
Pour Claude Haw, le secteur de la haute technologie d'Ottawa-Gatineau ne se résume toutefois pas à Nortel. Il garde un ton optimiste et regarde au-delà du géant déchu.
Selon lui, la vente des divisions de Nortel ne veut pas dire que ces divers laboratoires vont quitter Ottawa. « Nous nous retrouvons avec trois ou quatre multinationales qui s'installent ici. Ericsson sera ici, de même qu'Avaya. Les installations d'Ottawa deviennent donc un centre important. »
À ce jour, Nortel a vendu sa division sans-fil au fabricant suédois de matériel de télécommunications Ericsson, pour la somme de 1,13 milliard $ US. Et une transaction de 900 millions $ US - la vente de la division du service aux entreprises de Nortel à Avaya, un géant américain du matériel de télécommunications - est actuellement sous examen par le gouvernement fédéral. Ottawa veut s'assurer que des emplois seront préservés au Canada.
Claude Haw rappelle qu'Ericsson a déjà laissé entendre qu'elle garderait environ 80 % des quelque 1000 employés de Nortel affectés à la division sans-fil à Ottawa. À l'automne 2009, Nortel comptait environ 3600 employés à Ottawa, bien loin du sommet historique de 17 000 travailleurs, atteint en 2000.
M. Haw est convaincu qu'une entreprise comme Ericsson, qui fait l'acquisition d'une division de Nortel comportant des centaines d'employés, n'ira pas déménager toute cette expertise. « C'est difficile de prendre toutes ces connaissances et cette expertise et de les déplacer sur un autre continent. Ericsson ferait une bêtise si elle déménageait ces emplois. »
Emplois stables
Malgré toutes ses difficultés, la haute technologie demeure parmi les gros employeurs de la région après le gouvernement fédéral, selon les plus récentes données d'OCRI, qui datent toutefois de janvier 2009. Le secteur comptait 79 132 employés, comparativement à 81 910, en janvier 2008, une baisse de 4 %.
Le prochain sondage d'OCRI sera publié au début de 2010, mais Claude Haw croit que l'emploi sera stable. « De façon anecdotique, je connais davantage d'entreprises qui embauchent dernièrement et d'entreprises en démarrage. Je serais très surpris si le niveau d'emploi baisse en janvier prochain. »
Le nombre d'entreprises, lui, est en hausse de 2 %, avec 1850, par rapport aux 1819 entreprises de 2008. Il y a surtout davantage de PME, des entreprises qui comptent moins d'employés.
Du côté de Statistique Canada, on dénombrait 50 800 travailleurs dans le domaine, en octobre dernier, une chute de 9000 emplois par rapport à octobre 2008.
Alors qui dit vrai ? OCRI ou Statistique Canada ? Les deux en fait.
Cette disparité souvent remarquée par les observateurs du marché de l'emploi d'Ottawa-Gatineau s'explique par le fait qu'OCRI inclut dans ses chiffres de gros employeurs du secteur technologique, comme les Bell, Rogers et Telus de ce monde, qui comptent des milliers d'employés dans la région. L'organisme fédéral, quant à lui, utilise une définition plus étroite de la haute technologie et ne tient pas compte de ces emplois.
Capital de risque
La haute technologie d'Ottawa-Gatineau - tout comme le reste de l'industrie en Amérique du Nord - doit aussi composer avec l'effondrement du capital de risque, ces investissements qui permettent aux entreprises de démarrer ou de croître.
De janvier à octobre, les entreprises technologiques d'Ottawa-Gatineau n'avaient attiré que 23,9 millions de dollars. C'est bien loin des 130,2 millions de 2008. Et à des années-lumière du record de 1,26 milliard de dollars de l'an 2000.
Les entrepreneurs d'Ottawa ont appris à compter sur eux-mêmes et sur leurs propres revenus pour croître, explique Claude Haw. Certains programmes gouvernementaux sont aussi disponibles, précise-t-il.
« Je crois cependant que nous verrons davantage d'investissements l'an prochain. »
Meilleurs jours ?
M. Haw entrevoit des jours meilleurs, ou du moins le souhaite. Il cite en exemple des entreprises qui sont passées en mode embauche dernièrement, comme IBM-Cognos ou la pharmaceutique Abbott Point of Care, qui fabrique des instruments de diagnostic à Ottawa.
Mario Lefebvre, économiste au Conference Board du Canada, voit aussi 2010 d'un bon oeil.
Lors de ralentissements économiques, les entreprises et organisations hésitent à remplacer leurs réseaux informatiques, rappelle-t-il. « Tout ça joue dans les décisions. [...] Ce sont des produits qui peuvent être mis sur la glace un certain temps. La haute technologie est un secteur cyclique d'Ottawa. »
M. Lefebvre croit qu'il y aura reprise en haute technologie, car les entreprises devront éventuellement renouveler leurs systèmes informatiques.
Claude Haw souligne par ailleurs qu'Ottawa se tourne aussi de plus en plus vers le multimédia, un vaste secteur qui comprend le développement de contenu, comme l'animation et les applications destinées aux téléphones intelligents comme le iPhone et le Blackberry.
« Nous avons environ 200 entreprises qui oeuvrent dans le multimédia. C'est un secteur de plus en plus important. »











