Les emplois stables d'une capitale d'un pays, jumelé au fait que la région continue d'attirer de nouveaux résidents à chaque année, font en sorte que les ventes de détail devraient chuter très légèrement en 2009.
« La région de la capitale nationale est généralement à l'abri du ralentissement. Nous avons des revenus stables, qui ne fluctuent pas tellement », explique Barry Nabatian, économiste et spécialiste du commerce de détail qui dirige la firme Market Research Group d'Ottawa,
Ce qui ne veut pas dire pour autant que la région n'a ressenti aucun effet du ralentissement, précise-t-il. « Les consommateurs ont hésité à piger dans leur porte-monnaie, mais pas autant qu'ailleurs. »
M. Nabatian estime que les ventes atteindront environ 19 milliards $ dans la région, environ 100 millions $ de moins que les 19,1 milliards $, en 2008, et une baisse par rapport à 19,4 milliards $, en 2007.
« Étrangement, malgré le ralentissement et l'arrivée de nouveaux résidents, on anticipe que les ventes se maintiendront. Il y a une explication pour cela : depuis janvier, le prix de la nourriture et d'autres produits essentiels ont augmenté en moyenne de 10 %. Pour les vêtements et les voitures, il y a eu baisse des prix. Donc, dans certains domaines, nous avons de l'inflation, et dans d'autres, nous constatons qu'il y a déflation », souligne l'économiste.
Et comme la nourriture représente un quart des ventes de détail de 19 milliards $ dans la région - ou près de 5 milliards $ - ces hausses des prix devraient permettre aux ventes de 2009 de se rapprocher de celles de 2008.
Grève chez OC Transpo
L'autre facteur qui a empêché les ventes d'augmenter est la grève de 53 jours des chauffeurs d'OC Transpo, à Ottawa, en décembre 2008 et janvier 2009.
« Cette grève a coûté cher à plusieurs commerçants. Certains d'entre eux disent encore qu'ils n'ont pas récupéré toute la clientèle perdue, explique Barry Nabatian.
« Nous avons aussi ressenti la récession. Si bien que si vous mettez tous ces facteurs ensemble, nos ventes se maintiennent à 19 milliards $, mais elles auraient dû augmenter. Si l'on tient compte de l'ajout de 12 000 nouveaux résidants, nous aurions dû avoir un autre milliard de ventes pour atteindre 20 milliards $. »
La baisse du tourisme dans la région a aussi nui aux ventes de détail, souligne l'économiste. « L'obligation pour les Américains de détenir un passeport pour venir au Canada a aussi fait mal aux commerçants canadiens cette année. »
Noël difficile à prédire
Quant à la période critique de Noël, elle est difficile à prédire et les analystes sont divisés quant à savoir si elle sera bonne ou non, dit le directeur général de Market Research Group.
Mais si l'Halloween est un avant-goût de Noël, les Fêtes seront bonnes, croit Barry Nabatian. L'Halloween est une fête qui rapporte de plus en plus et 2009 a confirmé cette tendance. À Ottawa, huit magasins temporaires ont été loués à des commerçants qui vendent des produits de l'Halloween, comparativement à trois l'an dernier.
« Les gens sont fatigués des mauvaises nouvelles sur l'économie et cherchent des divertissements peu coûteux à l'Halloween. »
Il y a par ailleurs des signes de reprise un peu partout au Canada et plusieurs observateurs anticipent un meilleur Noël que celui de 2008, en plein coeur de la récession et de la grève chez OC Transpo.
Mario Lefebvre, économiste au Conference Board du Canada, estime pour sa part que l'effet psychologique de la récession ralentira les ardeurs des consommateurs durant les Fêtes. « Ça ne me surprendrait toutefois si la période de magasinage de Noël était l'une des pires depuis plusieurs années. »
Dollar élevé
La hausse du dollar canadien, qui a frôlé les 0,97 $ US, cet automne, a aussi eu un impact. En théorie, les consommateurs ont pu débourser un peu moins pour les produits importés des États-Unis. Or, ce sont les commerçants qui ont surtout profité de ce dollar canadien plus fort, selon Barry Nabatian.
« Les commerçants font de grosses commandes plusieurs semaines et plus mois d'avance. Les commandes faites lorsque notre dollar était élevé font en sorte que ces produits étaient moins chers. Mais ces économies n'ont pas été transférées aux consommateurs. Les prix n'ont pas nécessairement baissé, contrairement à il y a deux ans, lorsque le dollar canadien a atteint la parité avec le dollar américain. »
Certains consommateurs ont traversé la frontière pour aller magasiner chez les voisins du sud, mais ils ont été bien moins nombreux qu'en 2007, dit-il. « Le dollar n'a pas atteint la parité et les gens prennent en considération le temps que ça prend pour se rendre aux États-Unis et le coût de l'essence. »
Enfin, pour de gros achats, comme des meubles, des appareils ménagers et surtout, des voitures, les consommateurs ont le beau jeu cette année, conclut M. Nabatian. La crise économique fait en sorte que plusieurs modèles de voiture ont baissé de prix - ou du moins que les prix n'ont pas augmenté.
« On voit des prix qui sont plus bas qu'il y a six ans pour le même modèle. C'est un bon temps pour acheter un véhicule ou d'autres biens durables. »











