Dans un rapport accablant dévoilé la veille du Jour de deuil national rendant hommage aux personnes blessées ou tuées au travail à travers le pays, le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) fait le constat que le gouvernement fédéral n'en fait pas assez et ne finance pas adéquatement les inspections dans les milieux de travail.
Le rapport recommande au gouvernement de cibler les lieux de travail à hauts risques afin d'y accroître les inspections, un objectif de réduction des accidents de 20 % d'ici cinq ans, et l'embauche d'agents des affaires du travail avec une rémunération plus adéquate. Au fédéral, ces employés seraient les moins bien payés parmi les inspecteurs de la sécurité, rendant difficile le recrutement et le maintien en poste. Il suggère également un plan d'action pour les réserves autochtones.
« Ce rapport fait la preuve que le gel des dépenses et la réduction des effectifs imposés dans le budget 2010 feront plus de tort que de bien », souligne John Gordon, président de l'Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC). Il ajoute que le gouvernement fédéral abdique ses responsabilités en matière de santé et sécurité au travail, alors qu'il devrait plutôt protéger ses employés, y compris ceux qui travaillent pour des sociétés d'État, des entreprises de camionnage ou des compagnies de transport aérien.
Le rapport de 28 pages, intitulé Success is No Accident - Le succès n'est pas un accident, vient aussi corroborer les enquêtes menées par l'AFPC, selon lesquelles Ressources humaines et Développement des compétences Canada (RHDCC) a réduit le nombre d'agents des affaires du travail, chargés d'inspecter les lieux de travail du secteur fédéral. Leur nombre est passé de 140 en 2006 à 125 en 2007. Ces inspecteurs sont chargés de protéger plus d'un million de travailleurs.
Au cours des cinq dernières années, le taux d'accident de travail (avec blessures) dans les lieux de travail sous compétence fédérale a d'ailleurs connu une hausse de cinq pour cent, alors que les provinces ont réussi à abaisser ce taux d'environ 25 %, autre preuve pour démontrer qu'Ottawa n'en fait tout simplement pas assez pour éviter les accidents, selon le dirigeant syndical.
Le rapport du CCPA corrobore également le constat de l'AFPC, selon lequel RHDCC consacre plus d'efforts à empêcher les travailleurs d'exercer un droit fondamental, soit de refuser d'exécuter un travail dangereux, qu'à faire respecter les règlements en matière de santé et sécurité dans les lieux de travail, estime le président Gordon.
Depuis 19 ans, le nombre de victimes d'accidents n'a cessé de croître. Et, en 10 ans, il y aurait eu une augmentation de 35 %, a déclaré pour sa part le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton.
« Personne ne devrait avoir à se demander, en quittant la maison le matin, s'il ne risque pas de mourir au travail pendant la journée. Tous les décès et blessures en milieu de travail peuvent être prévenus », a dit le chef Layton.
Jour de deuil national
Hier, plusieurs activités ont marqué ce 28 avril. Le président du Congrès du travail du Canada, Ken Georgetti, a participé à une cérémonie à Ottawa pour souligner ce Jour de deuil national, créé en 1984 par son organisation. C'est un projet de loi du NPD adopté par les Communes qui a permis de décréter cette journée de deuil national pour souligner les sacrifices des hommes et femmes blessés ou tués au travail.











