LeDroit a appris que des comprimés ayant la forme de la tête de Bart Simpson, le célèbre personnage de la populaire série animée Les Simpson, ont été saisis le mois dernier sur un individu à proximité d'une école secondaire de Gatineau. Certains autres comprimés trouvés sur l'individu arboraient des logos de marques connues comme Pepsi, Pharmacies Jean Coutu et d'Oakley.
Guy Carrière, 32 ans de Gatineau, a été arrêté dans le stationnement des Promenades de l'Outaouais, à quelques dizaines de mètres de la polyvalente Le Carrefour, le 14 janvier dernier. Les agents de la paix ont saisi sur lui une grande quantité de stupéfiants, dont du speed et de l'ecstasy.
Il doit faire face à six accusations de possession de drogue en vue d'en faire le trafic.
Lorsque le dossier du suspect est parvenu au palais de justice de Gatineau, la forme des comprimés Bart Simpson a surpris la juge et la procureure de la Couronne attachée au dossier. Carrière a été gardé en détention à la suite de son enquête sur remise en liberté, la semaine dernière.
« J'avais déjà vu des comprimés de méthamphétamine à l'effigie du logo de compagnies lors de certaines causes, mais jamais des comprimés ayant la forme de la tête de Bart Simpson ou de symboles similaires », a affirmé la procureure de la Couronne, Me Geneviève de Passillé.
Effets pervers
Le directeur général du Centre d'intervention et de prévention en toxicomanie de l'Outaouais (CIPTO), Yves Séguin, croit que ce phénomène amène plusieurs effets pervers chez les jeunes consommateurs, telle la banalisation de la consommation des drogues dures.
« Tout d'abord, ce type de comprimés touche un aspect ludique chez le consommateur, croit M. Séguin. On met le plaisir avant la consommation. Ça permet au consommateur d'oublier l'aspect dangereux de ces drogues. On oublie que les comprimés ont été fabriqués en laboratoire, sans aucun contrôle. Le jeune se fait dire 'prend la, c'est juste pour le plaisir'. »
Le directeur général du CIPTO dit ne pas être surpris par la saisie de ce type de comprimé. M. Séguin ne croit pas que le but premier des fabricants de ce produit est d'attirer les jeunes vers la consommation de drogue. Par contre, il pense que les jeunes se passent le mot rapidement lorsqu'ils ont trouvé une sorte de comprimés leur ayant procuré beaucoup de plaisir.
« Si un jeune va en voir un autre pour lui dire que le comprimé d'ecstasy en forme de Superman est très fort, ça peut inciter le consommateur à rechercher ce type de produit, explique M. Séguin. À mon avis, il y a également une surconsommation de médicaments d'ordonnance dans notre société, ce qui amène une plus grande consommation de psychotropes. »
Spécialisée dans les dossiers de drogue à la Sûreté du Québec, le sergent Suzanne De Larochellière abonde dans le même sens que M. Séguin.
« Nous consommons des pilules depuis notre enfance. Les comprimés ayant la forme de la tête de Bart Simpson ont tendance à banaliser le geste du consommateur et le sécurise, explique Mme De Larochellière. Le jeune prend ça pour le plaisir et ne pense pas à toute la problématique que sa consommation peut avoir à long terme. Les jeunes s'imaginent que prendre de l'ecstasy n'implique aucune conséquence. »
Sur le marché noir, les prix des comprimés d'ecstasy varient de 8 $ à 40 $ l'unité alors que les comprimés de speed sont vendus entre 3 $ et 20 $ l'unité.
Délimiter les territoires
L'un des buts visés par le crime organisé avec cette pratique visant à inscrire des logos de marques connues sur les comprimés est de délimiter les territoires de vente de drogue et d'identifier les vendeurs qui s'aventurent en zone interdite d'affirmer Suzanne De Larochellière.
Santé Canada a diffusé, en 2004, un tableau montrant toutes les marques inscrites sur les comprimés saisis au Canada.
Les logos de BMW, Pharmacies Jean Coutu, Viagra, McDonald et quelques dizaines d'autres ont été recensés par l'organisme fédéral.











