La drogue pour survivre à l'abus sexuel

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Louis-Denis Ebacher
Le Droit

La triste histoire de Geneviève (nous devons taire sa véritable identité) commence lors du visionnement d'un film classé XXX. Son oncle, qui en avait la garde, voulait connaître ses impressions. Le temps a passé et les paroles se sont transformées en gestes.

Un important chapitre dans la vie de cette Gatinoise a pris fin au début du mois de septembre dernier. L'oncle qui a abusé d'elle pendant son adolescence a plaidé coupable aux allégations d'agression sexuelle. Les événements survenus au début des années 90 ont duré plus de quatre ans, alors que l'adolescente était âgée entre 12 et 17 ans.

Geneviève a brisé le silence il y a quatre ans et demi. Sa famille, dit-elle, a été ébranlée, puis divisée. « Je l'ai dit à ma mère lorsque j'ai porté plainte. Les autres m'ont reniée. »

Aujourd'hui, Geneviève est intervenante sociale. Elle accepte de raconter son histoire pour donner le courage à d'autres de dénoncer leur abuseur et de sortir du silence.

Jeune fille, elle vivait la séparation de ses parents et demeurait les fins de semaine et pendant les périodes estivales chez cet oncle et sa tante. « Très gentil, sociable et amical », cet oncle avait un visage caché, rappelle-t-elle. « Ça a commencé avec un film XXX. Il voulait que je le regarde avec lui et que je donne mon commentaire sur ce qui se passait. J'avais 11 ans. Ensuite les gestes sont devenus beaucoup plus heavy », résume-t-elle.

Pendant plus de dix ans, le secret a persisté. Le silence était assuré par le chantage et la négation de la responsabilité de son oncle.

Pour se réfugier, la consommation de drogue est arrivée bien assez tôt dans la vie de la jeune adolescente. « J'ai été la 'p'tite guidoune', la 'p'tite droguée, selon certaines personnes de la famille. Oui, j'ai consommé, mais c'était une façon de survivre. 'Guidoune'? J'étais plutôt jolie et je m'habillais comme les filles de mon âge, une jeune fille des années quatre-vingt-dix. »

Séquelles psychologiques

Pas de trace physique, mais bien des séquelles dans l'esprit de Geneviève, qui, en 2005, se confie à sa mère et fait appel à la justice.

Les répercussions sur la vie de Geneviève dépassent les problèmes familiaux. « Plus jeune, je suis devenue workaholic. J'avais deux emplois, j'en ai lâché un, puis j'ai commencé une maîtrise. Pendant ce temps-là, j'ai porté plainte, et je suis tombée malade. Je suis devenue faible, je ne dormais plus, je ne mangeais plus. J'ai connu des problèmes de couple. J'éprouve toujours de la difficulté à faire confiance aux autres. Je ressens de la colère envers les hommes. J'ai eu de gros problèmes financiers en tombant malade. Je n'ai jamais eu d'enfant et ce n'est pas pour rien que je n'en veux pas. »

Le 14 septembre dernier, l'oncle a reçu une sentence de deux ans moins un jour à purger dans la communauté, après avoir plaidé coupable à des accusations d'attouchements et d'incitation à se livrer à des actes sexuels. Le chapitre judiciaire était tourné. « De l'entendre dire 'coupable' m'a fait du bien. Là, il me reste à m'occuper de moi. Ces gestes-là, ce n'est plus moi qui dois les porter. Moi, je continue à avancer, puis je dis aux autres de sortir de la peur. »

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