Des centaines d'emplois perdus dans le Pontiac

Une crise forestière fatale

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Une crise forestière fatale

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En grande discussion au restaurant chez Lisette de Fort-Coulonge : le curé Nil Guillemette, le travailleur forestier Steve Frost et le maire Raymond Durocher.

Patrick Duquette, LeDroit

Patrick Duquette
Le Droit

Pendant que Gatineau ressent peu les effets de la crise économique, les gens du Pontiac perdent leur emploi par centaines. Élu pour la première fois au conseil municipal de Fort-Coulonge en 1999, Raymond Durocher vit sa troisième crise de l'industrie forestière. La pire de toute.

 En septembre dernier, Fort-Coulonge a hérité du titre peu enviable de ville dévitalisée. « Avant, on pouvait espérer une relance après un an, un an et demi. Pas cette fois-ci », dit le maire de cette municipalité de 1500 habitants, située à 90 minutes de route de Gatineau.

À Fort-Coulonge et dans la municipalité voisine de Mansfield-et-Pontefract, on peut voir la machinerie forestière qui dort le long des routes. La fermeture de la papetière Smurfit-Stone, en octobre dernier, a entraîné dans sa chute celle des Produits Forestiers Pontiac et de l'usine Maibec. En quelques semaines, 360 licenciements ont dévasté le Pontiac.

Les plus chanceux ont déniché des contrats de déneigement ou de voirie municipale. De nombreux pères de famille sont partis à la recherche d'un emploi dans les mines de l'Ontario ou dans les papetières encore en activité du Témiscamingue. Chaque matin, un autobus transporte une cohorte de travailleurs jusqu'à Gatineau et les ramène le soir. Certains licenciés de l'industrie forestière en sont réduits à vivre de l'assurance-chômage, de l'aide sociale ou d'une maigre pension de la Régie des rentes. Il n'est pas rare que les épiceries doivent faire crédit à un client sans le sou.

À la merci des soubresauts

« Le ciel nous est tombé sur la tête », dit le maire Durocher. En homme fier, il refuse de s'apitoyer. À force de vivre les soubresauts de l'industrie forestière, les gens du Pontiac se sont adaptés. « Les gens de Fort-Coulonge sont fiers et débrouillards, La forêt nous a toujours fait vivre et ça ne changera pas. Quand l'activité en forêt chute, les gens s'en vont et ils reviennent quand la conjoncture est meilleure ».

Au volant de sa camionnette, il nous fait faire le tour du village. Au club Lions, des femmes discutent autour d'un café. C'est la semaine de relâche scolaire et beaucoup d'hommes sont partis à la pêche sur la glace, avec les enfants. L'une raconte que son mari a perdu son emploi lors de la fermeture de la Smurfit-Stone. « Jamais je n'ai vu pleurer mon mari comme ça », se rappelle-t-elle. À 58 ans, il aurait pu prendre une retraite bien méritée. Mais non. Il a repris du service pour Tembec, au Témiscamingue. Trop âgé pour faire le voyage matin et soir, il y demeure toute la semaine, loin de sa famille, dans un appartement qu'il partage avec deux autres ouvriers de Fort-Coulonge.

« La famille est divisée »

Au restaurant chez Lisette, le curé du village Nil Guillemette prend son café. L'homme ne fait pas que dire la messe. Il est président du club de motoneige et président la coopérative de l'aréna. Confident de bien des gens, il est au fait des problèmes sociaux engendrés par la crise. « La famille est divisée, dit-il. Le père doit s'exiler dans une mine ou en Abitibi pour du travail, si bien que les enfants sont élevés par la mère. L'absence du père finit par avoir des conséquences importantes à long terme. »

Heureusement, il y a de l'espoir.

La scierie Davidson, qui a fermé voilà deux ans, pourrait être relancée. Trente employés reprendraient du service au cours des prochaines semaines. À l'époque, elle employait 250 personnes. Selon le maire Durocher, trois investisseurs ont racheté la compagnie. Ils sont sur le point de s'entendre avec le syndicat. Une bonne nouvelle qui pourrait s'arrimer avec d'autres réouvertures encore timides. « Les maillons de la chaîne s'enlacent un par un, dit le maire Durocher. Reste juste à espérer que la chaîne tienne le coup ». Fort-Coulonge tente, tant bien que mal, de diversifier ses activités. L'été dernier, un rodéo a été sauvé de la faillite. L'église historique St. Andrew a été restaurée et l'ancienne maison Bryson a été transformée en gîte.

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