«Les chiens de garde» du patrimoine urbain à Gatineau sont inquiets

Vague de pessimisme dans la région

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Vague de pessimisme dans la région

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Archives, LeDroit

Jonathan Blouin
Le Droit

Une vague de pessimisme continue de déferler sur le sort réservé au patrimoine urbain à Gatineau. Une majorité d'historiens et de défenseurs du patrimoine entrevoient l'avenir avec inquiétude dans la région.

Perçu comme la goutte qui a fait déborder le vase, le dossier de l'hôtel Chez Henri a ramené à l'avant-scène la peur de voir disparaître tout un éventail de bijoux architecturaux.

« L'exemple de Chez Henri est impardonnable. Depuis les 40 dernières années, c'est catastrophique. Tout a été détruit (dans le secteur) Hull », soutient l'historien Roger Blanchette.

« La communauté est sous le choc », renchérit le président de la Société d'histoire de l'Outaouais (SHO), Michel Prévost.

En fait, parmi tous les édifices d'intérêt patrimonial présents sur le territoire de Gatineau, 526 sont assujettis à un statut juridique de protection.

Celui-ci est attribué surtout par la Ville, mais aussi par les gouvernements fédéral et provincial.

Le hic, c'est que depuis la fusion municipale de 2002, l'hôtel Chez Henri a été le seul édifice à être cité « monument historique » - en 2003 - par la Ville de Gatineau. Une situation jugée « très inquiétante » par M. Prévost pour une ville de l'ampleur de Gatineau.

« S'il est difficile de préserver un site cité 'monument historique', il y a lieu d'être inquiet pour tous les sites et les bâtiments qui ne sont pas protégés juridiquement », estime-t-il.

Maison Hammond

Pour plusieurs, les événements de la dernière semaine rappellent le douloureux souvenir de la maison Hammond, démolie en 1997.

« Cette maison avait été graduellement entourée de concessionnaires automobiles. Elle faisait tâche et a fini par disparaître », explique le président de la Fédération des sociétés d'histoire du Québec, Richard Bégin.

« À partir de ce moment-là, il y a eu un éveil. On a arrêté de dire que la population ne s'intéressait pas au patrimoine. Ç'a été un point tournant », rappelle M. Prévost.

Des craintes à court terme

N'en demeure pas moins qu'à l'heure actuelle, de nombreux dossiers sont en attente et suscitent des craintes chez les défenseurs du patrimoine.

Les cas du domaine Fairview, du cimetière St. James et de la maison du gardien du cimetière Notre-Dame sont parmi les plus connus.

Dans le premier cas, la restauration du site du 100, rue Gamelin devait commencer en 2008, mais a été repoussée à cette année. Et bien que l'édifice continue de se détériorer, les travaux n'ont toujours pas débuté.

Pour l'historienne-conseil Michelle Guitard, Gatineau aurait dû s'inspirer du domaine Billings, chez sa voisine ottavienne. Cette ancienne résidence de la famille Billings construite en 1829 a été transformée en musée, tout en demeurant dans son environnement d'origine.

Dans le cas de la maison du gardien, menacée de démolition à deux reprises, une décision doit être annoncée le 26 mai prochain.

« Il faut que la Ville s'implique. L'intérieur doit être refait, mais l'extérieur est en bon état. Ça pourrait être un lieu de mémoire. Tous les principaux personnages de la Ville de Hull sont enterrés là », ajoute-t-elle.

Pour ce qui est du cimetière St. James, une demande de citation a été faite en juin 2007. Depuis presque deux ans, c'est le calme plat.

« Tous les dossiers de la SHO ne bougent pas. Toute la communauté du patrimoine est inquiète de voir que ça avance à pas de tortue. C'est toujours de délais en délais », indique M. Prévost.

Manque de volonté politique

Le plus gros problème, estiment la majorité des défenseurs du patrimoine, c'est le manque de volonté politique des élus municipaux.

« Après ce qui vient de se passer avec l'hôtel Chez Henri, il est clair que la Ville ne prend pas ses responsabilités », affirme Mme Guitard.

Plus nuancé, le président de la SHO estime qu'une volonté politique plus ferme permettrait de faire avancer certains dossiers plus rapidement.

« À chaque rencontre, chaque consultation, on entend le même message, soit que le patrimoine est important. Mais là où le bât blesse, c'est quand vient le temps de porter des actions concrètes. C'est plus lent. Au-delà des discours et de la bonne volonté, ça prend plus. Il faut souvent une réglementation », mentionne-t-il.

D'ailleurs, il soutient, au même titre que Mme Guitard, qu'une des priorités à court terme doit être la mise en place d'une politique spécifique au patrimoine à Gatineau. Des travaux en ce sens auraient déjà été entrepris.

De belles initiatives

Mais à défaut d'avancer à pas de tortues dans certains dossiers, quelques bons coups ont été réalisés au cours des dernières années.

Le plus probant demeure celui de La Fonderie. L'édifice industriel érigé dans les années 1940 a été laissé à l'abandon pendant plusieurs années avant d'être finalement transformé en terrains de soccer. « Qui aurait dit ça il y a 10 ans ! », lance le président de la SHO.

D'autres belles initiatives comme la maison Charron, La Filature et les Brasseurs du temps, dans le secteur Hull, ont aussi émergé.

« Il y a quand même des choses qui avancent, notamment avec les fonctionnaires municipaux », explique M. Prévost, en citant en exemple les nombreuses visites guidées offertes par son organisme.

En se basant sur les dernières décennies, certains sont résolument plus pessimistes. Selon Roger Blanchette, « si le passé est garant de l'avenir, l'avenir est très sombre à Gatineau ».

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