La municipalité se dirige vers un manque à gagner de 15 à 30 millions

Gatineau frappé par la crise

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Gatineau frappé par la crise

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Archives, LeDroit

Patrick Duquette
Le Droit

À quelques mois des élections municipales, la crise économique frappe de plein fouet la Ville de Gatineau.

Le « plat à bonbons est vide », pour reprendre l'expression employée hier par la conseillère Denise Laferrière.

Selon nos informations, la Ville de Gatineau se dirige vers un manque à gagner de 15 à 30 millions à quelques mois de la préparation de son budget 2010.

Pour combler l'écart, le prochain conseil municipal devra choisir entre une hausse de taxes de 5 à 10 % ou sabrer dans ses programmes et services.

Une chose semble acquise : les contribuables écoperont d'une manière ou d'une autre.

L'adoption du budget 2010, en décembre prochain, suivra de peu les élections municipales du 1er novembre.

À quelques mois des discussions budgétaires, le directeur des finances, Michel Tremblay, a fait le point sur la santé financière de la ville.

Il a servi une sérieuse mise en garde au conseil municipal cette semaine : mieux vaut y songer à deux fois avant de se lancer dans de nouveaux investissements.

Après trois années de prospérité, la crise vient plomber les recettes d'une ville qui n'a cessé de croître depuis la fusion. Le dernier budget municipal atteignait 425 millions.

Gatineau vit une situation similaire à beaucoup d'investisseurs. Les revenus tirés de ses placements sont en chute libre, en raison de la faiblesse des taux d'intérêt.

Depuis trois ans, Gatineau encaissait des revenus records en raison de la vigueur exceptionnelle de la construction résidentielle. La source est en train de se tarir.

Les droits de mutation sur les changements de propriétés sont à la baisse, les compensations tenant lieu de taxes aussi. Les dépassements de coûts minent aussi la santé financière de la ville.

Déjà, des conseillers s'inquiètent pour le maintien des programmes et des services municipaux qui ont été mis en place au cours des dernières années de prospérité. Il s'agit de nouveaux programmes, plans d'action et politiques de toutes sortes. Selon nos informations, les dépenses annuelles reliées à ces nouveaux programmes ont grimpé de « 12 à 13 millions » depuis l'arrivée à la mairie de Marc Bureau.

Panique

Certains élus, dont Pierre Philion, ont été accusés de pousser le bouton de panique à la suite de cette réunion tenue à huis clos.

« J'ai raison de sonner l'alarme. C'est la première fois que je voyais Michel Tremblay aussi catégorique. Il nous a dit de faire attention. Avec tous les chiffres que j'ai vus, on va se ramasser avec une hausse de taxes considérable », a dit M. Philion.

Le président du comité du budget, Richard Côté, se fait plus rassurant. Il reproche à M. Philion de faire de l'esbroufe à des fins électorales. « M. Philion a paniqué un petit peu [...] Il n'y a pas d'inquiétude pour moi au niveau du budget », a dit M. Côté qui se retire de la vie publique en novembre. M. Côté concède que le prochain conseil municipal aura des choix difficiles à faire. Lui-même suggère de mettre de côté des projets comme la bibliothèque centrale, l'Espace Dallaire et le parc des Cèdres.

Pour Joseph De Sylva, la ville a été victime de son succès après avoir été longtemps la grande oubliée des régions du Québec. « Mais à chaque fois que le gouvernement investit chez nous, il nous faut aussi investir, c'est la règle du jeu », a-t-il dit en faisant référence aux projets du complexe sportif, du Rapibus et de la rue Jacques-Cartier. Il pense

que la situation budgétaire forcera une ère d'austérité. « Il va falloir faire des choix. Je pense qu'il va falloir penser aux services de base pour commencer. Le reste, ce sera si on est capable de se le payer .»

« Risqué et imprudent »

Le cri d'alarme de Michel Tremblay n'a pas empêché le conseil municipal de voter, mardi soir, un appui annuel de 335 000 $ pendant 10 ans au projet de terrain de soccer synthétique à Nicolas-Gatineau. Quatre conseillers ont voté contre, dont Denise Laferrière,. Elle juge qu'il est « risqué et imprudent » de continuer à développer de nouveaux services au moment où les fonctionnaires recommandent la prudence.

« L'argent ne pousse pas dans les arbres. Quand la construction est bonne, comme on l'a vu dans les trois dernières années, c'est comme si on pige dans le plat de bonbons. Mais là, il n'y aura plus de bonbons parce qu'on a développé tellement de nouveaux services. Si on veut maintenir ces services, ça va nous coûter encore plus cher. Si bien que c'est très risqué, très imprudent, de continuer à développer de nouveaux services. »

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