C'est avec une lucidité étonnante que Johanne parle de son problème d'accumulation. Elle tente de guérir tant bien que mal. Elle explique qu'elle n'a pas toujours été une accumulatrice. Elle croit qu'un violent incendie, qui a complètement détruit sa maison il y a plusieurs années, est à l'origine de son malheur. «Je n'avais jamais manqué de rien quand j'étais plus jeune. Mais à la suite du feu, tout a changé», raconte-t-elle dans un petit café situé à quelques pas de sa demeure.
Il aurait été impossible de réaliser l'entretien chez Johanne à cause du manque d'espace. La table de la cuisine est ensevelie sous les boîtes, les livres et les articles de cuisine. L'équilibre est fragile. La femme explique qu'elle avait complètement dégagé sa table la semaine d'avant mais qu'elle a dû chercher quelque chose et la situation s'est détériorée... Elle ne semble pas trop ennuyée par la tournure des événements. Elle préfère manger dehors sur son balcon.
À la suite de l'incendie, elle a voulu que ses enfants retrouvent leurs biens car ils n'avaient plus de vêtements, d'équipements de sports et de CD.
Comme l'alcoolisme
Johanne compare son problème d'accumulation à celui d'une personne qui ne réussit pas à vaincre l'alcoolisme. Elle sait qu'elle ne doit plus boire mais ne peut s'en empêcher. Elle achète et trouve des objets pour ses enfants et ses petits-enfants. «Je pense que j'accumulais des choses pour éviter la solitude quand les enfants sont devenus grands. Je n'ai pas toujours été consciente que j'accumulais un bordel», explique-t-elle.
Elle dit qu'elle a l'esprit très organisé. Dans le passé, il lui est arrivé de ne pas vouloir de visiteurs. «Je les époussetais avant qu'ils n'entrent. Mais j'ai aussi un côté excessif et négligeant. Moi c'est noir ou blanc. Le gris ne me convient pas. Je vais d'un bord à l'autre. C'est le côté relax et So What? qui a pris le dessus. Quand je magasine, je me fais plaisir. Parfois, ça me défoule», dit-elle.
Le regard des autres
Elle raconte qu'elle a également eu des problèmes de santé, de dépression et que son mariage n'a pas été un réel succès. «J'ai toujours fait des efforts pour régler mes problèmes. Quand les autres me regardent, je porte toujours le blâme. Les accumulateurs sont facilement pointés du doigt. Mais il y en a plus qu'on pense car ça ne paraît pas toujours de l'extérieur. Les gens croient qu'ils nous manquent des morceaux, que nous sommes détraqués. Quand ils nous connaissent, ils nous trouvent bien gentils», assure-t-elle.
Johanne accumule, entre autres, la vaisselle blanche, les livres de cuisine, les jeux éducatifs et les chats. Elle s'occupe d'une dizaine d'entre eux mais précise que seulement quelques-uns passent la nuit dans la maison.
Elle adore regarder le Food Channel mais avoue ne pas aimer cuisiner. Elle a suffisamment de décorations de Noël, d'Halloween et de Pâques pour décorer toute la rue. Elle réussit toujours à trouver quelques boîtes pour la fête appropriée mais parfois, ce n'est pas le cas. «Mon rêve serait de tout regrouper ensemble», soupire-t-elle.
Maison vidée deux fois
À deux reprises, ses enfants ont vidé la maison.
La première fois, ils ont organisé une grande vente de garage. Mais elle l'a de nouveau remplie.
Puis, pendant qu'elle était en voyage, ils ont loué un conteneur pour la vider encore une fois. «Cette fois-là, je l'ai remplie plus vite encore. Quand ça pousse trop, je bloque.»
Projet de recherche
Elle a accepté de parler de son problème d'accumulation parce qu'elle espère ainsi venir en aide à d'autres comme elle. C'est pourquoi elle a accepté de participer à un projet de recherche de l'Université du Québec en Outaouais (UQO).
«Ça va peut-être m'aider à me libérer de mon fardeau. À l'Université, ils vont créer un espace virtuel où je peux vivre confortablement. Je pourrai peut-être ne plus avoir mes bébittes dans le traîneau après. Je veux m'en sortir.»
Johanne estime qu'elle est sur la bonne voie. En marchant en direction de sa maison, elle s'arrête pour prendre des jambières de hockey qui ont été jetées aux ordures. Elle les regarde attentivement puis les repose sur le trottoir. «Mes petits-enfants font du sport. Elles auraient pu leur servir. Avant, je les aurais prises mais pas aujourd'hui. Elles ne sont pas en bon état.»














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