À compter du mois de mai prochain, la Ville de Gatineau implantera une collecte des matières putrescibles, au moyen de bacs bruns de 80 litres. Comme elle est incapable de traiter les déchets organiques sur son territoire, Gatineau a l'intention de les envoyer à Moose Creek ou à Ottawa, tout dépendant de l'usine de compostage qui sera retenue au terme d'une demande de soumissions publiques.
La décision de la Ville de Gatineau est impopulaire dans la ville voisine d'Ottawa puisqu'elle implique que jusqu'à 830 camions lourds pourraient emprunter chaque année le pont MacDonald-Cartier et l'avenue King Edward en route vers l'usine de compostage. L'appel d'offres prévoit un contrat de 4 à 7 ans avec, à terme, le traitement de 25 000 tonnes de matières putrescibles.
Aberrant selon Bédard
Le conseiller municipal d'Ottawa représentant le quartier Rideau-Vanier, où se trouve l'avenue King-Edward, Georges Bédard, déplore la mauvaise planification de Gatineau en matière de compostage. « Ce sont aux municipalités de prendre soin de leurs propres déchets. Elles ont une obligation morale. C'est aberrant, ce sont leurs vidanges, alors qu'ils les gardent de leur côté. Ils devraient avoir plus de considération pour les gens d'Ottawa. Ils auraient dû y penser avant et construire leur propre usine de compostage avant de faire du compostage et non pas l'inverse. [...] C'est évident que ça va augmenter le problème de la circulation dans mon quartier et causer plus de troubles qu'avant en ce qui concerne le transport lourd. »
Président de la commission de l'environnement à Gatineau, Alain Riel explique que la Ville de Gatineau est tout à fait dans ses droits en envoyant ses restes de table et ses résidus verts dans la province voisine. « La loi interdit de transférer les ordures d'une province à l'autre, mais c'est permis pour les matières recyclables et compostables », dit-il.
Du côté de l'Ontario, deux installations sont en mesure de répondre à l'appel d'offres de la Ville de Gatineau. Laflèche Environnement, une entreprise située à Moose Creek, près de Casselman, a obtenu les autorisations nécessaires auprès du ministère de l'Environnement de l'Ontario. L'autre usine, celle d'Orgaworld Canada, a déjà obtenu le contrat pour traiter les matières compostables des gens d'Ottawa à compter du mois de janvier.
Au cabinet de la ministre québécoise de l'Environnement Line Beauchamp, on n'était pas au courant de la décision de la Ville de Gatineau. Mais on ne voit pas de problèmes à ce qu'une ville québécoise envoie une partie de ses déchets dans la province voisine. On explique que c'est le privilège des municipalités de décider de l'endroit où sont convoyés leurs déchets. En autant que les normes environnementales soient respectées, le ministère n'a pas l'habitude de s'interposer.
Même si la Ville de Montréal décidait d'envoyer ses déchets en Ontario, le ministère de l'Environnement n'aurait pas à intervenir, dit Dave Leclerc, attaché de presse de la ministre Beauchamp. Pour le moment, rien n'oblige les villes à traiter leurs déchets sur leur territoire ou dans un rayon donné autour de leur municipalité.
AVEC DOMINIQUE LAHAYE











