L'incident survenu en mai dernier, alors qu'elle donnait le boire à son fils Laurent qui était âgé de 10 mois, l'a passablement ébranlée. C'est à ce moment qu'elle a appris que le mot d'ordre de la Ville de Gatineau était d'inciter les femmes à se diriger dans les vestiaires familiaux quand elles désiraient allaiter puisque la municipalité ne pouvait pas interdire le geste. Après avoir appris qu'il s'agissait d'une consigne verbale, elle a porté plainte à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse. L'allaitement est un droit garanti selon la Charte canadienne des droits et libertés depuis une décennie après qu'une femme de Vancouver ait été expulsée d'un centre commercial.
Après de nombreuses recherches, celle qui est aussi marraine d'allaitement s'est rendu compte que ce genre de situation n'était pas isolé. « Il y a plein de mamans qui ont vécu une histoire comme la mienne dans diverses circonstances et dans différents lieux publics. Elles n'ont pas à se cacher pour donner le sein. S'il y a des endroits dédiés à l'allaitement, elles peuvent y aller ou non. C'est leur choix », souligne-t-elle.
Lettre d'excuses et compensation
Ses démarches ont porté fruit. La Ville de Gatineau permet maintenant l'allaitement en tout temps dans tous ses édifices publics. La municipalité a envoyé une lettre datée du 1er octobre à ses employés leur rappelant que les femmes avaient le droit d'allaiter et qu'il n'était pas permis de leur demander de le faire de façon plus discrète. La note de service indique que les mères n'ont pas à se rendre dans les aires d'allaitement si elles ne le souhaitent pas et que les plaintes formulées par d'autres personnes ne sont pas un motif suffisant pour porter atteinte à leur droit. La Ville a aussi mis à jour son site Internet et disposé des signets dans ses présentoirs rappelant que l'allaitement est permis. Nathalie Gagnon a également obtenu une lettre d'excuses et une compensation financière de la Ville. « Mais je ne l'ai pas fait pour l'argent quand je songe à l'énergie et au temps que j'ai investis pour faire respecter le droit des femmes qui allaitent. Je l'ai fait afin que dire à la société que l'allaitement c'est normal », assure-t-elle.
Ce travail s'est aussi fait en collaboration avec le bureau de l'ombudsman de Gatineau. « On est intervenu auprès de l'administration pour établir une nouvelle politique qui s'adaptait à notre époque », a résumé son président Michel Légère.
Louise Dumas, professeure au département des sciences infirmières à l'Université du Québec en Outaouais, est une spécialiste mondiale de l'allaitement maternel. Elle estime que de nombreuses femmes qui allaitent sont toujours confrontées au regard de désapprobation des gens.
Elle soutient que l'histoire de Nathalie Gagnon et ses répercussions constituent un premier pas afin que les femmes qui allaitent ne soient pas pointées du doigt.











