Un recomptage des votes a conclu à la victoire par une majorité d'une seule voix de Stefan Psenak, 39 ans, dans le district électoral d'Aylmer, lors de l'élection municipale du 1er novembre dernier.
Il s'agit d'un revirement complet de situation. Le jour du scrutin, le conseiller sortant Frank Thérien, 68 ans, avait été réélu de justesse avec seulement deux votes de majorité sur son jeune rival.
Hier, les 3627 bulletins de votes contenus dans les 26 boîtes de scrutin ont été dépouillés et examinés de nouveau, un par un, sous la supervision du juge Jean-François Gosselin de la Cour du Québec.
Le verdict est tombé en milieu d'après-midi : M. Psenak a été donné gagnant par 1789 votes contre 1788 pour son adversaire en Cour du Québec.
« C'était très serré. C'est vraiment 50 % plus un », a commenté un Stefan Psenak en proie à une vive émotion.
Si les deux candidats avaient terminé à égalité après le recomptage judiciaire, le gagnant aurait été choisi à la suite d'un tirage au sort.
Ce nouveau dépouillement judiciaire, effectué à la demande de Stefan Psenak, s'est joué sur quelques-uns des 49 bulletins rejetés lors de l'élection du 1er novembre.
Le juge Jean-François Gosselin a été appelé à se prononcer sur la validité d'une dizaine de bulletins de vote.
Dans trois cas, ses décisions ont été lourdes de conséquences.
Deux fois, le juge Gosselin a redonné à M. Psenak un vote placé par erreur dans la pile de son adversaire. Dans le troisième cas, un bulletin de vote en faveur de M. Psenak a été annulé parce qu'il était marqué de deux croix, une pour chaque candidat.
En outre, un bulletin de vote a disparu. Conscient des conséquences potentielles de cette disparition sur le résultat final, le juge Gosselin a insisté pour qu'il soit retrouvé. Ce n'est qu'après des efforts dignes « d'une fouille archéologique » que le juge Gosselin a mis fin aux recherches, concluant que le bulletin de vote manquant avait peut-être été empoché par l'électeur plutôt qu'inséré dans la boîte de scrutin.
Stefan Psenak fait son entrée à l'hôtel de ville après un parcours fertile en émotions fortes.
Le baptême politique de ce poète, dramaturge, romancier et nouvelliste, propriétaire d'une compagnie de traduction, n'aura pas été de tout repos. « J'ai eu droit à la totale, à un baptême en grand », reconnaît-il.
Deuxième recomptage
M. Psenak sera assermenté ce soir à la Maison du citoyen en présence du maire Marc Bureau et de 16 de ses 17 collègues du conseil municipal. C'est qu'il reste encore une élection à confirmer : un recomptage doit avoir lieu demain dans le district Bellevue, où Sylvie Goneau l'a emporté par huit voix contre Mark Bordeleau le 1er novembre.
Quant à Frank Thérien, il apparaissait serein après le verdict qui le condamne à une retraite forcée de la politique municipale. Entouré de plusieurs membres de sa famille, il trouvait même le moyen de blaguer. « Je ne sais pas si j'aurai droit à l'assurance-chômage à titre d'ex-conseiller... », a-t-il lancé aux journalistes avec un sourire en coin.
Plus sérieusement, il interprète le verdict comme un signe que le temps est venu pour lui de se retirer.
« Comme je l'ai souvent dit à mes confrères du conseil municipal, le travail de conseiller n'est pas un boulot permanent. Aujourd'hui, le juge était excellent et on ne pouvait pas demander mieux que ça comme recomptage. Ce n'est pas moi qui ai perdu, c'est lui (M. Psenak) qui a gagné ses élections. Il a travaillé fort et il le mérite. Quant à moi, je pourrai aller voir plus souvent mes enfants au Texas. Là-bas, même en hiver, la température ne descend jamais bien, bien en bas de 70 degrés... »












