«Peut-être» que Marc Bureau est fâché

Pierre Bergeron
Le Droit

J'aurais de la difficulté à m'imaginer Marc Bureau en beau joual vert! Seule sa conjointe, Christiane Gourde, pourrait nous révéler le secret. Mardi dernier, c'est le plus près que je l'ai vu de péter les plombs. Entre la colère et l'exaspération, le fil est bien ténu. Le maire de Gatineau est un gars de contrôle, du moins en public. Je crois parfois que ça bouille en dedans, mais je n'arrive pas toujours à le décoder.

Sur les dossiers où je le vois manoeuvrer dans un débat, il trouve toujours moyen de passer à travers les mailles du filet en se contentant des généralités d'usage. Ses «peut-être» m'horripilent, car on a l'impression d'être devant quelqu'un qui ne se fait jamais une idée claire des choses. Quand il dit «peut-être», cela signifie «certainement». Mardi, il a déclaré: «Je suis très déçu et je trouve déplorable qu'on ait un autre échéancier... mais je suis heureux de voir qu'à chaque jour on continue d'avancer et qu'il y a de moins en moins de travaux à faire.» Traduction: «Je suis en beau maudit, mais je ne péterai pas une coche, car on est plus avancés qu'hier!» «Peut-être» aussi que ça ne veut rien dire!

 

Cette semaine, on sentait que le maire Bureau avait son voyage. Les retards de livraison du complexe sportif, «un beau projet», commencent à le gosser royalement. Il n'est pas le seul. Les nouveaux conseillers ne l'auraient pas trouvée drôle, il y a quelques semaines, lorsqu'on leur a présenté le dossier du complexe sportif. Ils s'attendaient peut-être à envoyer des invitations pour l'inauguration quand on leur a dit que ça coûterait probablement plus cher, que la Ville et l'entrepreneur Decarel étaient à couteaux tirés, que le projet accusait du retard et que, par conséquent, on devrait déplacer des événements d'envergure nationale et régionale.

Je concède que c'est un gros projet et personne ne s'étonne qu'il y ait des ajustements de dernière minute. Par contre, la firme Decarel n'est pas la dernière venue. Elle a réalisé plusieurs grands projets comme le bureau chef de la Caisse de dépôt et placement du Québec, l'aéroport international Trudeau, le Hilton du lac Leamy ou la nouvelle urgence de l'Hôpital de Hull. Fait étrange, nulle part il n'est fait mention du complexe sportif. Peut-être parce qu'il n'est pas encore terminé. Peut-être parce qu'ils n'en sont pas très fiers. Il n'est même pas mentionné dans la catégorie LEED. Étrange!

Mardi, lors d'une mêlée de presse auquel le maire s'est prêté à la suite du comité plénier, on sentait de la déception, de l'exaspération et de la colère. Pourtant, tout était sous contrôle. Après l'échec du projet de rénovation de l'aréna Robert-Guertin, au printemps dernier, les retards ont commencé à s'accumuler au complexe sportif. Pas besoin d'être un expert en construction pour voir que ça ne marcherait pas. Je me rappelle des questions que posait alors au conseil un citoyen, Jacques Forget. Il se faisait endormir, comme moi d'ailleurs, par des réponses vagues et se faisait dire de ne pas s'inquiéter. Il avait pourtant raison de s'inquiéter.

D'ailleurs, je commence à croire que la période de questions des citoyens est un immense somnifère où l'on les endort à coup de réponses vaseuses et évasives. Les citoyens ne s'aident pas toujours et ont l'air de venir d'une autre planète, mais je les comprends de retourner à leur siège en hochant de la tête.

Pour en revenir au complexe sportif, on doit se demander qui est à l'origine des délais, la poule ou l'oeuf. Si la Ville a exigé un échéancier irréaliste, elle doit faire son mea culpa. Si la Ville a demandé des changements non prévus au contrat, l'entrepreneur est justifié de la pointer du doigt. Si des événements imprévus, comme un coup de vent l'été dernier, ont causé des retards, c'est dire que l'on ne s'est donné aucune marge de manoeuvre. Si l'entrepreneur a pris des bouchées trop grosses, ce qui m'étonnerait, il n'a que lui à blâmer.

Ce qui me trouble, c'est que le maire a évoqué la possibilité d'un processus de médiation pour régler certains désaccords. Traduction: dans une médiation, on en prend et on en laisse. Traduction de la traduction: ça va coûter plus cher! Quant à la firme Decarel, elle se renferme dans un mutisme et laisse le gouvernail aux politiciens. J'essaie maintenant de m'imaginer comment les maires de Saguenay, Jean «Lâ-Lâ» Tremblay, ou de Québec, Régis «Mon h...! J'vas t'en c... une dans le front» Labeaume, auraient réagi dans de telles circonstances. Sans doute qu'on aurait eu des citations pour le reste de l'année.

En gardant un calme olympien (!), Marc Bureau demeure fidèle à lui-même. «Peut-être» que c'est la meilleure attitude à adopter pour un politicien. «Peut-être» aussi que cela donne assez de marge à la firme Decarel pour se traîner les pieds. Or le maire a affirmé qu'il y aura «peut-être au bout, quand ça sera terminé, peut-être des choses à régler entre les deux.» «Peut-être» que certainement, ça va coûter plus cher!

 

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