Les deux comparses s'entendent pour dire qu'à cinq ans, les écoliers sont encore adorables. « En maternelle, c'est un charme ces petits-là », soutient Mme Ryan. Ça se gâte cependant pendant le parcours primaire, dans certains cas du moins.
« Tout leur est permis, tu ne peux rien leur dire », assure Mme Rogier.
« La clientèle primaire, c'est des enfants rois, renchérit Mme Ryan. Si tu leur dis 'tais-toi', ils te répondent 't'as pas le droit de me dire ça'. »
Au secondaire, soutient Mme Rogier, les élèves se respectent davantage entre eux que par le passé.
La discipline à bord des autobus scolaires est plus facile de nos jours, affirment-elles. « Aujourd'hui, on a l'appui de la commission scolaire. On fait des feuilles disciplinaires, et après trois, c'est une journée de suspension. Il y a 20 ou 25 ans, on était obligé de faire la discipline nous-mêmes. »
À toutes les sauces
Au cours de leur carrière, les deux femmes en ont vu de toutes les couleurs. Nicole Ryan a déjà reçu un sac-à-dos par-derrière la tête. « Cette fois-là, j'ai vraiment eu peur », se souvient-elle. Des élèves sont déjà sortis par la porte d'en arrière au beau milieu de la circulation.
À l'opposé, il y a des enfants toujours charmants, toujours polis. « En maternelle, il y en a qui nous font des câlins », disent-elles avec un grand sourire. La gentillesse mérite d'ailleurs d'être soulignée, au même titre que les écarts de conduite. « Je me fais un devoir de le dire aux parents quand leur enfant est bien élevé », affirme Mme Ryan.
D'autres histoires sont carrément tristes, comme celle d'un petit bonhomme avec une malformation au visage qui apportait chaque matin des bonbons pour les autres afin que quelqu'un accepte de s'asseoir avec lui dans l'autobus. « Sinon, il était seul. » Ou encore celle d'une jeune fille rousse, « un peu grassette », qui se faisait traiter de noms peu flatteurs dès qu'elle mettait les pieds dans l'autobus.
Après 35 ans au volant d'un autobus scolaire et une foule de souvenirs en tête, la retraite approche pour les deux amies. Mais ce n'est pas encore pour tout de suite. Elles adorent le milieu « convivial » de l'entreprise qui les emploie, Transport Bigras. Ancienne employée de boucherie pour les magasins Dominion dans le cas de Mme Ryan et ancienne « aide-garde-malade » à l'Hôpital Saint-Vincent dans le cas de Mme Rogier, ni l'une ni l'autre ne regrette d'avoir bifurqué vers le transport scolaire.
« Moi, ça me donne un coup de pied le matin pour me lever, affirme Mme Ryan. Ça nous tient en vie. »











