Amiante, moisissures et refoulement d'égouts

Après le «bidonville» de Cantley, d'autres logements insalubres mis au jour à Gatineau

Pour Patrick Labonté, sa conjointe Nancy Paquette et... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Pour Patrick Labonté, sa conjointe Nancy Paquette et la petite Zoemy, la situation n'est pas vivable.

Etienne Ranger, LeDroit

Patrick Duquette
Le Droit

Depuis quelques semaines, deux jeunes familles de Gatineau vivent l'horreur. Un toit qui coule a transformé en taudis leurs logements de la rue Notre-Dame, exposant les enfants à des émanations d'amiante, aux moisissures et à la puanteur des égouts.

Situé à l'étage de ce trois logements, l'appartement de William Allan a été inondé « d'une quantité d'eau industrielle » avec les pluies des dernières semaines. « Les trois petits ont commencé à tomber malades, tandis que ma conjointe et moi avions constamment des maux de tête », a-t-il raconté hier matin.

M. Allan a tenté d'en venir à une entente avec son propriétaire. En échange d'un mois de loyer, M. Allan a accepté de retirer les murs de gypse humide de son logement. Des surprises l'attendaient.« On a découvert de l'amiante dans le plafond et des fils électriques à découvert dans les murs. En attendant que les réparations soient faites, le propriétaire nous a proposé de coucher dans le camper de notre pick-up... »

À l'appartement du dessous, Patrick Labonté vit avec sa conjointe et trois enfants. Il trace un portrait encore pire de son logement, qu'il paie 810 $ par mois. « C'est pas vivable avec le drain qui a refoulé, raconte-t-il. C'est rendu tellement plein de moisissures que ma petite fille, qui n'était pas asthmatique, l'est devenue. On a demandé à notre propriétaire de faire les réparations nécessaires, mais il n'a même pas voulu appeler les services après-sinistre. C'est moi et mon voisin du haut qui avons tout ramassé. »

Prises au dépourvu, les deux familles ont été relogées temporairement par Logemen'occupe et les Habitations Mon Chez-Nous. Elles hésitent à déménager en raison des obligations liées à leur bail de location. Sans compter que les loyers abordables sont rares pour des familles nombreuses et avec peu de revenus.

Un troisième locataire, qui vit seul, a lui aussi eu maille à partir avec le propriétaire. Keriko Kabasele l'a même traîné devant la Régie du logement pour des problèmes d'infiltrations d'eau répétées, de placards, de fenêtres, de portes et de murs détériorés.

En 2009, la cour a ordonné aux propriétaires d'effectuer des travaux. Peine perdue, a dit M. Kabasele.

Lors de la visite du Droit, hier, le logement était toujours dans un état pitoyable. « Je dois déguerpir, dit M. Kabasele. Mais la régie, avec ses conseillers, ses règlements, me dit de rester ici ! »

Un règlement inefficace ?

Logemen'occupe a dénoncé hier matin cette « autre situation abominable » en conviant les médias à une visite des lieux.

Son coordonnateur, François Roy, reproche aux autorités de se relancer la balle. Il vise la Régie du logement, la Direction de la santé publique, le propriétaire. Mais aussi la Ville de Gatineau.

M. Roy remet en doute l'efficacité du règlement municipal sur la salubrité. Adopté en 2007, il était censé mettre au pas les propriétaires négligents. « Le règlement comprend pourtant tout ce qu'il faut pour faire déclarer un logement inhabitable. Mais je me demande s'il y a une réelle volonté politique (de l'appliquer) », dit M. Roy.

Responsable des dossiers d'habitation à la Ville de Gatineau, la conseillère Sylvie Goneau s'est dite « choquée » par la sortie publique de M. Roy. Depuis mardi dernier, dit-elle, la Ville de Gatineau travaille étroitement avec Logemen'occupe pour régler ce dossier. Les inspecteurs municipaux ont visité les lieux et s'apprêtent à transmettre leur rapport. La Ville pourra ainsi obliger le propriétaire à faire des réparations et, le cas échéant, à le traduire en justice. Mme Goneau n'a pu préciser combien de temps il faudra avant que les familles puissent réintégrer leur logement ou être délivrées de leurs baux de location.

LeDroit a tenté sans succès de joindre Donald Allenby, le propriétaire des logements, hier après-midi.


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