Rien ne les distingue si ce n'est leur parcours difficile puisqu'elles ont vécu dans la rue et ont connu l'itinérance pendant plusieurs années. Elles ont réussi à s'en sortir et viennent de recevoir une bourse de 2500 $ chacune de la Fondation communautaire d'Ottawa afin de poursuivre leurs études.
Raphaëlle Ferland s'est retrouvée à la rue à l'âge de 15 ans à la suite de problèmes familiaux qui perduraient au sein d'une famille qu'elle qualifie de dysfonctionnelle. Pendant trois ans, elle se retrouve toujours entre un logement et l'itinérance. Elle s'initie aux drogues de la rue. Malgré les problèmes qu'elle a connus, elle ne regrette pas d'être passée par là. « Je le referais parce que cette expérience m'a ouvert les yeux et m'a permis d'être là où je suis aujourd'hui. La rue, c'est un endroit où tout le monde est accepté. Moi, j'avais souvent déménagé et j'étais rejeté dans les écoles où j'allais. Là, il n'y avait pas de jugement », ajoute la femme de 20 ans.
Après avoir été en contact avec le Bureau des services à la jeunesse (BSJ) d'Ottawa, qui offre du soutien sous différentes formes aux jeunes en difficulté, elle participe à de nombreux comités pour tenter d'améliorer leur sort. « J'allais à la halte-accueil pour prendre ma douche, manger et faire du lavage. J'avais déjà des amis qui participaient aux comités et comme je n'avais rien à faire anyway, j'ai décidé de m'occuper », précise Raphaëlle Ferland.
La nuit sous les ponts
Même si elle n'a jamais vraiment aimé l'école, elle a toujours voulu apprendre. C'est pourquoi, elle a tenté de poursuivre ses études quand elle a quitté la maison. Elle dormait alors sous un pont. Mais après deux semaines de ce rythme, elle a laissé tomber. « Je n'avais pas de réveille-matin et je devais marcher près de 30 minutes pour y aller. J'étais toujours en retard. »
Avec l'aide du BSJ, elle a été en mesure de retourner à l'école. Elle habite dans un logement que détient l'organisation et qui lui a permis de retrouver une stabilité.
Elle vient d'entreprendre sa seconde année d'étude au programme de technique en travail social. À la fin de sa première année, elle a terminé avec une moyenne générale de 92 %. Selon elle, les nombreuses connaissances qu'elle a acquises en participant aux comités lui facilitent beaucoup la tâche. Après ses études, elle souhaiterait poursuivre en droit international ou s'inscrire au baccalauréat en psychologie et travail social à l'Université d'Ottawa. Elle travaille actuellement en tant que tutrice à La Cité et comme monitrice dans une école primaire pour un centre communautaire. Elle continue toujours son engagement auprès du BSJ.
Frapper un mur
Le parcours de Marie-Josée Cléroux n'est pas tellement différent de celui de Raphaëlle Ferland. Elle a été dans la rue pendant environ deux ans. Elle a quitté son foyer pour cause d'abus et a aussi connu des problèmes de santé mentale en plus d'avoir des démêlés avec la justice. Elle était aussi aux prises avec une dépendance. « Je consommais ce que j'avais. À cette époque, la rue me semblait un meilleur choix. Malgré tous tes problèmes, tu es accepté. Mais avec le temps, tout est devenu pire. Un jour, j'ai frappé un mur. Je m'installais sur la rue, je ramassais de l'argent et je consommais ensuite. C'était la routine que je vivais. Mais c'était trop », souligne-t-elle.
Elle aussi a reçu l'aide du BSJ pour lui permettre de reprendre le contrôle de sa vie. Elle habite dans l'un des logements subventionnés du Bureau. À 20 ans, elle étudie en technique de réadaptation et justice pénale. Elle souhaite travailler auprès des jeunes ou des adultes qui ont des problèmes avec la loi. Elle songe à devenir agente correctionnelle ou policière.
Avec le BSJ, elle donne de son temps au programme d'engagement où elle joue un rôle de leader. « Tout ce que je fais, c'est prendre ce que j'ai connu et je le partage. J'espère que ça peut ensuite aider d'autres jeunes », dit-elle avec humilité.
Elle livre également des témoignages pour le compte du ministère des Services à l'enfance et à la jeunesse de l'Ontario.











