Les francophones se prennent en main à l'ouest d'Ottawa

«Ils ne doivent pas avoir peur de s'afficher»

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François Pierre Dufault
Le Droit

Joseph-Lucien Couroux est arrivé à Carleton Place en 1920 pour assurer la traduction des documents de la fonderie Findlay Ltée. Toute sa vie, le premier conseiller scolaire francophone du comté de Lanark a oeuvré à la promotion de sa langue.

Quatre-vingt-dix ans plus tard, l'école élémentaire catholique francophone de Carleton Place porte son nom. Une petite école d'un peu moins de 200 élèves qui passe parfois inaperçue, même pour les résidents de l'endroit.

Et pourtant, pour Lise MacMillan, cette école est le symbole d'une francophonie vivante qui commence à se prendre en main. Le mois dernier, la municipalité de 9500 habitants a vu naître son premier club Optimiste francophone. Le club compte 31 membres et Mme MacMillan en est la vice-présidente.

On dénombrait moins de 450 francophones de langue maternelle à Carleton Place lors du recensement de 2006. Ça représente environ 15 % de la population de cette communauté en plein essor. Avec le parachèvement de la route 7 à quatre voies depuis la jonction de la 417 dans l'ouest d'Ottawa, on s'attend à un véritable boom démographique au cours des prochaines années.

Mme MacMillan croit que l'avènement l'autoroute - la fin des travaux est prévue pour 2011 - tentera aussi plusieurs francophones de venir s'installer dans sa municipalité. Elle espère que leur nombre grandissant y amènera davantage de services en français, ou du moins bilingues.

Pas au même rythme

« Les services ne suivent pas au même rythme que les francophones s'établissent ici. Pour l'instant, il n'y a absolument rien pour nous. Des magasins de livres commencent à en tenir quelques-uns en français, sinon il faut les commander », d'illustrer Mme MacMillan.

La vice-présidente du club Optimiste affirme qu'il n'y a jamais eu de gros différends linguistiques à Carleton Place comme il y en a eu, par exemple, à Penetanguishene à l'époque de la crise scolaire. « C'est sûr qu'il m'est déjà arrivé de me faire regarder de travers lorsque je parlais français dans un lieu public. Mais il n'y a jamais personne qui a voulu m'empêcher de parler français », dit-elle.

La majorité unilingue anglophone, qui compte pour près de 85 % de la population de Carleton Place, ne serait donc pas hostile à l'idée d'offrir plus de services en français à sa communauté francophone. « Mais plus le nombre de francophones augmente, plus il faut s'assurer que les décideurs publics ne les oublient pas », exhorte Mme MacMillan.

Membre fondateur du club Optimiste de Rockland il y a 40 ans, le député provincial Jean-Marc Lalonde s'est réjoui de voir la communauté francophone de l'ouest d'Ottawa se prendre en main. « Ils doivent continuer à travailler afin de convaincre leurs élus que c'est important qu'on leur donne leurs services en français. Ils peuvent se sentir marginalisés parfois, mais ils ne doivent pas avoir peur de s'afficher », a confié au Droit le représentant de Glengarry-Prescott-Russell à Queen's Park.

La naissance d'un club Optimiste francophone à Carleton Place est le fruit d'une longue germination, de noter sa vice-présidente. Déjà dans les années 1980, il existait un club social pour les femmes francophones de l'endroit. « J'ai été chanceuse : quand j'ai déménagé ici, je me suis tout de suite fait quelques amies francophones et nous avons rapidement fondé un club », se rappelle Mme MacMillan.

L'idée d'établir un chapitre des clubs Optimiste est venue l'an dernier de la directrice de l'école J.-L.-Couroux, Léna Kadian. Celle-ci a d'abord pressenti les membres de son personnel, dont Mme MacMillan qui s'implique à l'école en tant que surveillante. Et d'un contact à l'autre, le club a pris forme. Un de ses buts premiers, cette année, sera d'organiser un concours d'art oratoire pour les jeunes francophones.

Lieu de rassemblement

Comme c'est le cas ailleurs où les francophones sont minoritaires, c'est l'école J.-L.-Couroux qui sert de lieu de rassemblement aux francophones de Carleton Place. Aménagée dans un ancien édifice gouvernemental, elle accueille les élèves des communautés voisines comme Almonte mais ratisse aussi large qu'à Perth et Arnprior, à environ 40 km de là.

Il n'y a pas d'école francophone à Arnprior. Les traces d'un passé français sont pourtant bien visibles, encore aujourd'hui, dans les rues de cette petite ville de 7000 habitants à l'ouest d'Ottawa. On y retrouve des noms comme Laplante et Pilon sur des façades de commerces. Mais le Règlement xvii y a fait son oeuvre. La loi adoptée en 1912 par le gouvernement conservateur de Sir James Whitney et ses sbires avait pour but de limiter l'enseignement du français en Ontario. Si bien qu'aujourd'hui, ironiquement, c'est une école anglaise qui porte le nom d'A.-J.-Charbonneau - un ancien conseiller scolaire du comté de Renfrew.

Il faut atteindre Pembroke, quelque 80 km plus loin vers l'ouest, avant de trouver une population francophone assez importante pour justifier deux écoles - l'une catholique, l'autre publique.

À Brockville, où on retrouve également une école francophone, la société d'histoire de l'endroit a fait des efforts au cours des dernières années pour se mettre à l'heure de la langue de Molière. Par exemple, depuis 2006, tous les nouveaux panneaux d'interprétation qui sont installés au parc riverain de Brockville sont bilingues.

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