Jean-Robert Gauthier naît le 22 octobre 1929, dans la Basse-Ville d'Ottawa. Il est le fils aîné de Georges Gauthier, un canadien-français, et de Beulah Leslie, une dame d'origine écossaise et irlandaise. Une petite fille naîtra également de cette union. Il est abandonné par son père à deux ans alors que sa mère refait sa vie dans l'ouest d'Ottawa quand il en a quatre. Il passe trois années à l'orphelinat Saint-Joseph des Soeurs grises à Ottawa avant de rejoindre son grand-père et parrain, le docteur Louis-Philippe Gauthier, lui-même ancien député fédéral de Gaspé entre 1911 et 1917 et greffier au Sénat.
Il fait ses études à l'école Garneau et l'Académie De-La-Salle d'Ottawa, puis au Collège Saint-Alexandre à Gatineau. Avant de se lancer en politique, il étudie au Collège de chiropratique de Toronto où il obtient son doctorat en 1953. Pour payer ses études, il travaille la nuit dans une usine de biscuits, étudie le jour et dort le soir. Il pratique dès l'année suivante à Ottawa où il ouvre sa clinique à l'intersection des rues Charlotte et Rideau.
Conseiller scolaire
Le 25 février 1957, il épouse Monique Lemieux avec laquelle il aura quatre enfants : Jean-François, Pierre, Vincent et Nathalie. Dès les années 1960, il devient actif dans le monde de l'éducation à titre de commissaire d'école à Gloucester entre 1961 et 1969, de membre du Collegiate Board of Ottawa de 1967 à 1969 et de membre du Conseil scolaire d'Ottawa de 1969 à 1972. C'est son fils aîné, Jean-François, qui le pousse sans le savoir à s'engager dans le monde de l'éducation. Celui-ci s'ennuie à l'école Saint-Gabriel et son père va donc visiter sa classe pour tenter de trouver une solution. Il constate que l'enseignante donne des cours de français à 20 élèves anglophones alors que les petits francophones doivent patienter en faisant des dessins. C'est à ce moment qu'il décide de devenir conseiller scolaire.
Un groupe de militants l'incite ensuite à faire le saut en politique fédérale où il est élu à sept reprises pour le Parti libéral. Il est député de la circonscription d'Ottawa-Est de 1972 à 1974 qui devient ensuite Ottawa-Vanier et qu'il représentera de 1974 à 1994. Il remporte toujours les élections avec d'importantes majorités sur ses adversaires.
En tant que parlementaire, il occupe diverses fonctions à la Chambre des communes dont celles de whip en chef de l'Opposition officielle de 1984 à 1990, leader parlementaire adjoint de l'Opposition de 1989 à 1990 et leader de l'Opposition officielle de 1990 à 1991. Il est considéré comme un véritable bourreau de travail par ses collègues.
Des combats aux Communes
En 1993, il se présente à la présidence de la Chambre des communes mais il est battu de justesse par un autre Franco-ontarien, Gilbert Parent que plusieurs jugeaient plus discret que Jean-Robert Gauthier. D'ailleurs, ce dernier ne s'est jamais caché d'avoir eu quelques démêlés avec Pierre Elliott Trudeau au sujet du bilinguisme, de la dualité linguistique, des langues officielles et de l'assimilation. Jean-Robert Gauthier a d'ailleurs été le seul libéral à se lever pour voter contre le rapatriement de la Constitution en 1982. Il voulait que les droits de la communauté franco-ontarienne soient enchâssés dans la Constitution afin d'éviter qu'elle ne confère aux francophones de l'Ontario un statut de citoyens de deuxième classe dans la province et au pays. Pour de nombreux observateurs, ses prises de positions et son entêtement expliqueraient qu'il n'ait jamais été ministre.
En 1994, il laisse son siège de député après avoir été nommé par Jean Chrétien à la Chambre haute où il siège jusqu'à son 75e anniversaire, date exigée pour la retraite des sénateurs par la Constitution. Ce bagarreur infatigable est le père du projet de loi S-3 qui a donné des dents à la Loi sur les langues officielles adopté en novembre 2005. Il a également remporté une autre bataille alors que la période des questions à la Chambre des communes est disponible avec le sous-titrage en français depuis la fin 2007. L'ajout de ce service a été rendu possible grâce à la lutte qu'il a menée pendant plusieurs années devant la Commission des droits de la personne.
La lutte de Montfort
Lors du déclenchement de la crise de l'hôpital Montfort en février 1997, il lance un message sans équivoque aux francophones de l'Ontario. « Soyez solidaires. Si nous nous divisons, nous perdrons la guerre. Nous sommes chez nous en Ontario et nous avons le droit d'être servis en français. Soyons unis, soyons solidaires, et nous gagnerons », avait-il affirmé le 25 février 1997 au lendemain de l'annonce de la fermeture.
À cette époque, il est malade - il souffre de vasculite systémique, une maladie du système immunitaire - mais dit tout de même posséder une stratégie. « Je voulais que le mouvement se propage d'abord dans la population avant que le politique ne s'en mêle. Il fallait se tenir debout », avait-il déclaré près de 10 ans après le grand rassemblement contre la fermeture de Montfort. À ce moment, il n'est pas en mesure de prendre la parole devant les 10 000 Francos réunis au Centre municipal. Il insiste tout de même pour monter sur la scène et participer à cet événement historique. Lors d'un grand moment d'émotion, la foule entonne « Cher Jean-Robert, c'est à ton tour » et l'homme ne peut retenir ses larmes. En 1998, il devient président d'honneur de la campagne du Fonds de la résistance S.O.S. Montfort.
Ville d'Ottawa
Pendant de nombreuses années, Jean-Robert Gauthier réclame que la ville d'Ottawa soit déclarée bilingue. Selon lui, la capitale d'un pays ayant deux langues officielles doit refléter cette dualité linguistique. En 2005, la province et la Ville d'Ottawa tombent d'accord sur une reconnaissance du caractère bilingue de la capitale avec la Loi 163 mais certains restent sur leur faim, jugeant ce geste insuffisant. Le sénateur à la retraite réussit à recueillir 25 000 signatures en faveur d'un amendement constitutionnel qui permettrait de déclarer Ottawa, capitale bilingue. Sa dernière tentative au Sénat n'a pas abouti. Elle aurait nécessité des modifications à la Constitution canadienne.
En octobre 2006, il dépose une plainte auprès du Commissariat aux langues officielles à la suite de la décision du gouvernement fédéral d'abolir le Programme de contestation judiciaire qui accorde une aide financière aux groupes minoritaires qui s'opposent à certaines décisions du gouvernement. L'Université d'Ottawa est désormais chargée d'administrer le nouveau Programme d'appui aux droits linguistiques.
Des honneurs
Tout au long de sa carrière prolifique, il reçoit de nombreux honneurs. L'Université d'Ottawa lui décerne un doctorat honorifique en éducation en 1996. Il obtient le grade de Grand-Croix de l'Ordre de la Pléiade de l'Association internationale des parlementaires de langue française en 1998 et le prix Boréal de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada la même année. C'est en 2002 que la France le fait Officier de l'Ordre de la Légion d'Honneur.
Une école élémentaire francophone du sud d'Ottawa porte d'ailleurs son nom. « Ça me fait chaud au coeur de voir de nouvelles écoles de langue française se construisent, particulièrement dans des secteurs de la Ville d'Ottawa où la population francophone est fortement minoritaire comme à Barrhaven », avait déclaré Jean-Robert Gauthier le 29 août 2006 lors de la première journée de classe au Conseil des écoles catholiques de langue française du Centre-Est.
En février 2007, la gouverneure générale Michaëlle Jean le nomme membre de l'Ordre du Canada, afin de souligner son engagement à défendre la francophonie canadienne. « J'ai consacré 42 ans à la vie publique. J'ai débuté comme conseiller scolaire, puis je suis devenu député. Lorsque j'étais conseiller scolaire, on luttait pour obtenir des écoles secondaires francophones. Il a fallu faire une guerre contre le gouvernement de l'Ontario pour qu'il accorde aux francophones le droit de gérer leurs propres écoles. Avant, seulement 14 % des étudiants du secondaire allaient plus loin que la 10e année. Aujourd'hui, tous les étudiants francophones ont accès à l'enseignement secondaire dans leur langue », avait-il déclaré au Droit au moment de recevoir la plus haute décoration au pays.
À l'automne 2008, Rolande Faucher publie Jean-Robert Gauthier : convaincre... sans révolution et sans haine, un ouvrage qui raconte la vie et la carrière politique de l'homme.
En janvier dernier, il a reçu l'Ordre de l'Ontario à Queen's Park. Il s'agit de la plus haute distinction remise par le gouvernement ontarien.
Plus récemment, il avait été décoré du prix Albert-Boyer lors de la 10e édition du Gala Richelieu de la francophonie en février dernier.











