Hedwige Herbiet meurt à 74 ans

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Hedwige Herbiet meurt à 74 ans

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Hedwige Herbiet

Archives, LeDroit

Marthe Lemery
Le Droit

Le milieu outaouais du théâtre est en deuil, pleurant la disparition, survenue aux premières heures de la journée, hier, de la comédienne et metteure en scène, Hedwige Herbiet, à l'âge de 74 ans.

Ce décès survient au terme d'une longue maladie, durant laquelle celle qui fut un pilier du théâtre local durant près de 50 ans s'était vue contrainte de cesser toute activité professionnelle.

Hedwige Herbiet fut une « grande dame » du milieu théâtral outaouais, connue, admirée et respectée de générations successives d'artistes et d'artisans du théâtre régional. Belge d'origine, elle avait émigré avec son époux, Jean Herbiet, à Ottawa, en 1957. Dès l'année suivante, le couple animé d'une passion dévorante pour le théâtre avait joint les rangs des Dévots de la rampe et participait aux productions du Théâtre du Pont-Neuf.

Encore ébranlé par la triste nouvelle, Gilles Provost, l'ancien directeur artistique du Théâtre de l'Île, se souvient de sa première rencontre avec celle qui fut une amie et collaboratrice fidèle. « J'étais étudiant à l'Université d'Ottawa à l'époque, et la rencontre avec Hedwige m'a marqué à jamais. Elle fut mon premier contact avec la vaste culture du Vieux Continent. »

Une centaine de personnages

Durant sa fructueuse carrière, Hedwige Herbiet a enchaîné les rôles au théâtre, à la radio et à la télévision, interprétant plus d'une centaine de personnages dans des productions professionnelles, allant de l'Albertine à 60 ans, dans la pièce de Michel Tremblay, Albertine en cinq temps, à la Duègne, dans la coproduction CNA-TNM de Cyrano de Bergerac. Très vite, le jeu l'a mené à la mise en scène ? elle en a signé plus de 40 ? dont la dernière fut la pièce Encore, jouée en 2005 sur les planches du Théâtre de l'Île.

Auteure

Elle a aussi beaucoup écrit pour le théâtre jeunesse, notamment le Théâtre des Lutins, et elle lègue deux pièces pour adultes, La Douce Folie de Margot, la douce et Albert N., ni homme ni femme, créées toutes deux au CNA en 1990 et 1985 respectivement. Ces dernières années, elle enseignait l'art dramatique aux étudiants de l'école secondaire Nicolas-Gatineau, où elle écrivait pour eux de nombreuses saynètes et montait des spectacles étudiants d'une très grande qualité.

Exigente

Tous les comédiens à qui nous avons parlé gardent le souvenir d'une femme fière, autonome, rigoureuse, d'une redoutable exigence, pour elle comme pour les comédiens et étudiants qui ont croisé sa route. « Oui, elle était d'une impitoyable exigence, a témoigné le comédien Roger Labelle, mais il fallait y voir le signe d'une ardente passion pour le théâtre, qu'elle savait communiquer aux gens de son entourage. Être comédien sous sa gouverne n'était pas facile. Mais je lui suis extrêmement reconnaissant de m'avoir poussé à aller toujours un peu plus loin dans mes rôles, à rechercher la qualité dans le dépassement de soi. »

« Nos maîtres sont souvent nos tyrans » dit pour sa part Gilles Provost, qui ajoute qu'en dépit de la main de fer avec laquelle elle dirigeait ses troupes, elle prodiguait amour et affection à ses ouailles, qui le lui rendaient bien. « Elle disait à ses élèves de Nicolas-Gatineau qu'avoir du talent, c'était important, mais que travailler était encore plus important », raconte Renelle Venne, une comédienne ayant maintes fois partagé la scène avec elle, y compris dans sa toute première pièce en sol canadien, J'y suis, j'y reste, montée en 1958 par les Dévots de la rampe.

Sortie de l'ombre

Femme menue, vive d'esprit et d'une grande curiosité intellectuelle, Hedwige Herbiet avait dû faire preuve de beaucoup de courage et de ténacité pour sortir de l'ombre de son ex-conjoint, Jean Herbiet, après leur séparation au début des années soixante-dix, note Mme Venne. Jean Herbiet, qui fut directeur du Théâtre français du CNA, de 1971 à 1981, est lui-même décédé subitement le 31 mars dernier. Ils avaient une fille, Isabelle, qui réside à Laval.

« Hedwige était dans la vie privée une femme douce, fragile, qui pouvait être brisée facilement, rappelle sa grande amie, Claire Faubert. C'est pourquoi elle avait développé cette armure de force qu'elle endossait pour affronter le monde du théâtre. Elle aurait eu 75 ans le 28 février prochain, et elle redoutait de devoir quitter l'enseignement, de perdre sa flamme. Elle quitte la scène au bon moment » a-t-elle conclu.

Une cérémonie commémorative est prévue pour les parents et amis qui voudront lui rendre un dernier hommage, samedi prochain.

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