« Ça ne m'a pas surpris, mais pas insulté non plus. Je le prends comme une confirmation du phénomène des deux solitudes culturelles au pays. Mais que James Moore ne connaisse pas le cinéaste Atom Egoyan, ça c'est gênant parce que c'est sa culture à lui », a-t-il déclaré au Droit. Il a dit voir du bon dans cette révélation embarrassante pour le ministre canadien du Patrimoine, « ne serait-ce que si cela peut l'inciter à se tenir plus au fait de l'actualité artistique du pays. »
L'homme de théâtre avait, plus tôt dans son allocution de remerciement, critiqué l'administration fédérale pour avoir éliminé les programmes d'aide aux tournées et à la diffusion internationale de productions artistiques canadiennes, qui agissent comme vitrine du Canada et portent à l'étranger les valeurs de la société canadienne. « Je présume que ce qui me vaut cet honneur est le rayonnement international de mon oeuvre. Or, le moment est bien choisi pour poser ce geste, alors que le gouvernement remet en question son volet international d'aide aux artistes. »
Selon Lepage, ce ne sont pas les grandes compagnies comme la sienne dont la réputation est acquise à l'étranger qui souffriront de la disparition des programmes fédéraux d'aide aux tournées. Ex-Machina, comme le Cirque du Soleil, a des partenaires financiers solides à l'étranger qui lui permettront de continuer à faire tourner ses productions, a-t-il ajouté. Mais il met le poids de sa réputation derrière tous les petits créateurs, compagnies de danse ou théâtres de marionnettes qui ne pourront plus aller outre-Atlantique y montrer leur créativité et leur savoir-faire, pour dénoncer en leur nom l'abolition des programmes. « Que des gens en poste soient aussi mal informés de l'impact que peut avoir une tournée à l'international sur l'avenir d'une petite troupe, je trouve ça inadmissible. »
Cérémonie spéciale
Une cérémonie particulière avait été organisée à Rideau Hall hier matin pour remettre à M. Lepage l'un des six Prix du gouverneur général pour les arts de la scène récompensant une réalisation artistique hors pair, puisqu'il sera à Montréal sur scène avec sa plus récente pièce, Le Dragon bleu, lors de la remise officielle des prix prévue le 8 mai prochain. Les cinq autres lauréats des Prix du GG pour les arts de la scène sont Peggy Baker, Édith Butler, Clémence DesRochers, R. Murray Schafer et George F. Walker.
En présentant Robert Lepage et son oeuvre, la Gouverneure générale Michaëlle Jean a évoqué ce « grand vent d'animation et d'audace qui balaie le monde entier et soulève partout un élan d'enthousiasme et d'admiration. Votre parcours est fulgurant et votre façon de le tracer, unique ». Madame Jean et son conjoint, le cinéaste Jean-Daniel Lafond, n'ont pas caché qu'ils étaient des inconditionnels du théâtre de Lepage.
La bourse de 25 000 $ accompagnant le prix sera réinvestie dans sa création, a promis Robert Lepage, qui a dit vouloir partager l'honneur qui lui est fait avec tous les membres de son équipe québécoise. « En ces temps de crise, on surnage à peine. Alors ce montant viendra rendre la situation de la compagnie un peu plus confortable. »











