Parce que s'il a étudié dans un lycée français londonien - qu'il a royalement détesté, précise-t-il - c'est plutôt au contact de Brigitte Bardot qu'il a compris, alors qu'il vient tout juste de franchir le cap de la vingtaine, les avantages indéniables à maîtriser la langue de Molière !
« C'était à la mode, dans les années cinquante et soixante, pour des parents comme les miens qui évoluaient dans le domaine artistique d'envoyer leurs enfants au lycée français de Londres pour qu'ils deviennent bilingues », explique l'auteur, compositeur et interprète de 63 ans. « À quatre ans, je me suis donc retrouvé plongé dans un monde où l'on ne parlait que le français, alors que je commençais à peine à maîtriser l'anglais. Ç'a été des années insupportables ! Je peux donc dire que mon premier véritable contact avec la France a eu lieu quand j'ai été approché pour jouer dans le film de Serge Bourguignon, À coeur joie, qui mettait en vedette Brigitte Bardot. Elle avait 32 ans, elle était au zénith et portait des mini-jupes et des bottes longues... Je ne te dis pas l'effet qu'elle faisait ! »
Évoluant dans son entourage, au cours du tournage qui s'échelonnera sur quelques semaines à Londres, Murray Head est mandaté de leur trouver des clubs pour danser et s'amuser. « J'aimais la musique et elle l'avait noté, alors on m'a mis en charge des virées nocturnes. Entrer dans des clubs, alors que je n'avais pas encore l'âge de les fréquenter, au bras de Brigitte Bardot, c'était toute une source de motivation pour m'améliorer en français ! », lance-t-il dans un éclat de rire. « C'était de la frime, tout ça, c'est sûr, mais c'était un bon départ ! »
Jouer dans des films français est toutefois devenu beaucoup plus sérieux quand le jeune homme rencontre le réalisateur Édouard Molinaro, qui l'embauche quelques années plus tard pour donner la réplique à Annie Girardot et Philippe Noiret dans La Mandarine. Il découvre alors Paris, habite près de trois mois dans Le Marais et peaufine son vocabulaire et son accent.
Parallèlement, le musicien et chanteur travaille fort pour endisquer ce qui deviendra un album phare. En 1975, il enregistre Say It Ain't So et sa carrière décolle. Il incarne Judas dans la toute première mouture de la comédie musicale Jesus Christ Superstar, il continue à tourner des longs métrages des deux côtés de la Manche. Dès les années 1980, il traverse l'Atlantique et vient chanter au Québec, pour lequel il éprouve depuis une affection particulière. « Vous avez le meilleur des deux mondes, puisque vous baignez dans une culture francophone loin d'être prétentieuse comme elle peut l'être en France, tout en étant branchés sur la culture américaine... Je me sens bien parmi vous », soutient Murray Head. « Mes amis me disent toujours que je suis quelqu'un d'autre quand je parle en français. En tout cas, je sais que je ne chante pas de la même manière. Je me permets d'être différent, et ça me plaît. »
En 1994, à la demande du public d'ici, il lance un disque porté par les paroles de Luc Plamondon (incluant Une femme, un homme, un duo avec Marie Carmen). Cette fois, Rien n'est écrit découle... d'une série anglaise ressemblant à Cold Case, achetée par France Télévision et pour laquelle le diffuseur voulait une chanson pour le générique interprétée par un Britannique bilingue. « C'était moi, ça ! », clame Murray Head en rigolant. « De fil en aiguille, France Télévision a voulu développer une branche musique et c'est là qu'est née l'idée de produire Rien n'est écrit. »
Comprenant 14 titres inédits, dont trois en anglais, l'artiste y aborde autant la quête de sens et de liberté que l'amour qui meurt, dans les mots de Marguerite Duras (India Song), en plus de reprendre un classique de Nino Ferrer, Le Sud.
Tout le disque était prêt, les clips tournés, quand « malheureusement, Sarko est débarqué pour annoncer que la télé publique française ne pourrait plus compter sur la pub », raconte le principal intéressé. Du coup, ses clips ont été reformatés pour durer 90 secondes et ont servi de « bouchons » dans la programmation. Qu'à cela ne tienne, Rien n'est écrit a quand même été lancé en Europe l'an dernier et est arrivé dans les bacs des disquaires québécois, bonifié d'un deuxième cédé compilant neuf de ses plus grands succès, de One Night In Bangkok à Comme des enfants qui jouent, en passant par l'incontournable Say It Ain't So, Joe.
Écrite en 1975, Say It Ain't So, Joe a propulsé Murray Head en tête des palmarès, notamment en France, non sans provoquer une certaine désillusion chez son créateur. « Les gens n'arrêtent pas de me dire à quel point ils ont flirté sur cette chanson, qui n'était pourtant pas faite pour danser des slows ! Ce n'est pas une chanson d'amour ! », clame l'auteur, compositeur et interprète. « Ce sentiment d'impuissance a été dur à vivre pendant un certain temps, mais aujourd'hui, les gens semblent plus enclins à écouter les paroles, à en comprendre la portée. Pour moi, cette chanson est encore plus pertinente maintenant qu'elle pouvait l'être au milieu des années 1970. »
Son nouvel album en français sous le bras, Murray Head ne cache pas qu'il aimerait revenir à l'automne pour une tournée en sol québécois. « On verra bien si ça fonctionne », conclut-il.











