Pardonnez-moi cette grossièreté langagière, mais je ne fais que me mettre au niveau de l'humoriste qui en a fait sa marque de commerce. Durant plus de 90 minutes, on ne compte plus le nombre de fois où l'humoriste égrène avec véhémence une litanie de « pipi pine cul caca », sans compter ses coups de gueule où volent les objets liturgiques détournés de leur vocation première, comme autant d'expédients pour nous arracher des rires de bas étage.
J'imagine que l'humour, c'est comme le gouvernement. On a celui qu'on mérite. Alors si Jean-François Mercier est un baromètre de la société québécoise en cette première décennie du 21e siècle, disons qu'on est sorti du bois pour tomber pile dans un tas de « marde ».
C'est d'ailleurs dans la matière brune et glissante que se conclut le spectacle du gros cave, commencé sur un extrait de l'Hymne à la joie de la Neuvième de Beethoven. Rassurez-vous, ce semblant de vernis culturel va vite fondre, n'étant là de toute manière que pour servir de contrepoint comique à la charge à fond de train qui suivra contre la musique classique, première d'une longue série de coches pétées. Parce que le cave nous prévient d'emblée, son show est heavy, hard, crû et dru. Aux bégueules de sortir tout de suite si l'humour scato-libidineux les écoeure.
C'est donc entre gens consentants que le show va se déployer, dans la frange et dans la fange. Après la musique classique, vont passer au batte IKEA, McDo, les vendeurs pourris qui veulent pas reprendre leurs produits à « marde », les petites madames, la belle éducation, les acheteurs de maison, les dresseurs de chien, les gros toffes et les fiffes, le mariage, les gens sur le béesse, les noirs, les musulmans, les grosses amérindiennes, les laids, les beaufs et les victimes. Ai-je oublié quelqu'un ? Ah oui ! les femmes, encore et toujours, sujet inépuisable des humoristes mâles qui s'inspirent du bas de la ceinture plutôt que du haut du cortex.
Mélange de numéros plus élaborés, d'anecdotes qui sont comme de petites parenthèses ouvertes dans le show, et enfin de one-liners qui fusent, percutants et corrosifs, ce matériel expose les contradictions d'une société qui ne respecte plus rien et semble incapable d'une véritable réflexion posée et intelligente. Si besoin est, l'humour de Jean-François Mercier prouve à quel point nous carburons à l'image, au texto, au slogan incisif. Je t'aime, je t'encule.
Mais ses cibles ne sont pas toutes vulgaires ou insignifiantes. Il touche un vrai point sensible quand il parle de l'abus des répondeurs vocaux qui nous font poireauter des heures - votre appel est important pour nous, restez en ligne, du cynisme de l'industrie agro-alimentaire qui engrange les millions en nous donnant le cancer puis investit dans des mcmanoirs pour cancéreux, de l'impuissance des consommateurs face à des compagnies qui multiplient les ruses pour mieux les fourrer. Et il enfonce le clou dans ce long monologue plus touchant que cocasse, plus dérangeant que pissant, qui veut prouver que le monde d'aujourd'hui appartient aux violents et aux crosseurs, et non plus aux gens de bonne volonté.
On devine le type plus intelligent que son personnage. Ce n'est pas pour rien qu'il nous remet sur le nez ce que le public a dit de la série culte dont il était co-auteur, Les Bougon. « Certains étaient contents qu'on varge sur l'idiotie gouvernementale, certains étaient contents qu'on varge sur les assistés sociaux. Autrement dit, le monde comprend ce qu'il veut bien comprendre. »
Alors oui, si vous voulez chercher le deuxième ou le troisième degré dans ce qui semble un abîme de cavitude, amusez-vous en compagnie de Mercier. Quant aux amateurs du premier degré, pas de doute, ils vont se bidonner.
Quant à moi, oui j'ai trouvé ça cave, mais n'empêche que j'ai ri, deux fois plutôt qu'une. Rire jaune parfois, rire forcé, mais aussi rire franc, comme quand il suggère d'envoyer comme preuve d'achat d'All Bran des étrons dans la boîte. Faut croire qu'on a tous un petit côté scato qui s'ignore...
En première partie, l'humoriste Guillaume Wagner, un nouveau venu, a fait un beau travail de réchauffement de la salle. Sens du timing, bonnes mimiques, gags qui visent dans le mille. C'est pas super original mais tout laisse croire que ça viendra.











