Pourtant, le spectacle est prévu pour 21 h 30. Une attente de plus de trois heures avec la présence de nuages menaçants dans le ciel. Il faut vraiment vouloir être là et, surtout, il faut piaffer d'envie d'entendre la première tête d'affiche du Cisco Bluesfest.
Jeff Beck est en ville. De la belle visite, car le guitariste ne sort pas beaucoup. Il se tape une cinquantaine de prestations par année, pas plus. Aussi, il choisit ses destinations avec minutie.
Alors, place à l'ancien des Yardbirds et à celui que Mick Jagger et Keith Richards ont convoité pour remplacer Brian Jones, après son décès. Beck leur avait répondu un non sans équivoque. La raison : l'orientation musicale des Stones ne l'intéressait guère.
On comprend maintenant pourquoi. Après avoir frayé avec le rock pur et dur, il a opté pour la fusion. Sa musique est un métissage de rock, de blues et de jazz. Il est donc loin de sa phase expérimentale avec les Yardbirds et de ses années avec Rod Stewart, à l'époque de Truth et de Beck'O'La. En réalité, il fait davantage dans le Weather Report que dans le Led Zep.
Les nuages se sont dissipés en milieu de soirée et le voici, le grand guitariste de 65 ans. Un «Guitar Hero», dans la force de l'âme et ce, même s'il n'a jamais été la cible des paparazzi. Jeff Beck est l'idole effacée. Sa vie privée est la sienne et elle a rarement été étalée à la «une» des journaux à potins. Une carrière dans l'anonymat, quoi. En passant, une seule de ses chansons, People Get Ready, de Curtis Mayfield et interprétée en duo avec Rod Stewart, a tourné à la radio.
Le voilà sur scène, littéralement drapé de blanc, chemise avec les manches coupées, pantalon, botte et même sa Stratocaster. Il s'installe et il fait un signe de la main à la foule avant d'entamer les premières notes d'Eternity's Breath puis de Beck's Bolero, pièce composée avec l'apport de Keith Moon, le défunt batteur des Who, et Jimmy Page.
Quelques petites notes sur la guitare et on est convaincu : on assistera à une prestation de grand calibre. Une prestation livrée par un très, très grand guitariste, probablement l'un des meilleurs de l'histoire du rock moderne.
Un grand guitariste soutenu par trois musiciens de haut niveau, le claviériste Jason Rebello, le batteur Vinnie Colaiuta, tous formés à l'école du jazz et la bassiste Tal Wilkenfeld, la très compétente Tal Wilkenfeld, âgée de 21 ans seulement. Beck semble être en admiration devant ce prodige de la musique. La jeune australienne assure plus que la section rythmique. Elle est parfois au premier plan des pièces. Son solo dans Cause We've Ended As Lovers, une chanson de Stevie Wonder, est une oeuvre d'anthologie. La musicienne a beau être jeune, elle n'a rien à envier aux grands bassistes de jazz Stanley Clarke et Victor Wooten. Elle peut dormir sur ses deux oreilles. Une fois la tournée avec Beck terminée, elle n'aura aucune difficulté à se dénicher du travail ailleurs. Elle est à ce point efficace.
Le spectacle de Jeff Beck a été marqué de plusieurs faits saillants. Les principaux ont été Nadia, de Nitin Sawhney. Une guitare ou une sitar? Allez voir! Pardon, allez entendre! Behind the Veil a été servie à la sauce reggae, alors que le quatuor a déplacé passablement d'air avec You Never Know, Pump et Blast.
A Day In The Life, de Lennon-McCartney, et Peter Gunn, de Duane Eddy, étaient attendus plus tard.











