On rit beaucoup et de bonne grâce dans la pièce Le Désir que met à l'affiche tout l'été le Théâtre de l'Île, dans son petit théâtre urbain aux abords du ruisseau de la Brasserie. Le sujet est léger comme le veut le théâtre d'été, et juste assez croustillant pour qu'on puisse y mordre à belles dents.
Et surtout, il ne demande pas qu'on se creuse la tête pour en chercher le sens profond ou la filiation philosophique. Le propos est là, étalé au premier plan comme au premier degré, dans le seul but de nous arracher des éclats de rire spontanés.
L'action du Désir se déroule à la veille des noces de Jasmin (Steve Arnold) et Véronique (Chanda Legroulx). En soi, les préparatifs d'un mariage n'ont rien de drôle. Mais si vous ajoutez, au couple devant convoler, la soeur jalouse et acariâtre de la promise (Nathaly Charrette), qui gagne sa vie en débitant des propos sulfureux sur une ligne téléphonique hot, puis le père du promis (Claude Lavoie), lequel s'amène avec son amant (Richard Léger) car ayant viré capot depuis la naissance du fiston, et enfin une planificatrice nuptiale en instance de divorce (Sasha Dominique), vous avez là réunis tous les éléments d'une véritable bombe hilarante.
Il faut dire que la future mariée, une nymphomane qui volait tous les soupirants de sa soeur avant de s'assagir, ne donne pas sa place dans le genre indécise. En 24 heures, elle change 4, 5 fois d'idée, au grand dam du fiancé. La soeur jalouse en profite pour tenter de repêcher le bel adonis déconfit, la planificatrice nuptiale se découvre durant ce temps une vocation de confidente des coeurs (mâles seulement) et le père gai n'est pas triste du tout devant la tournure des choses, lui qui n'a jamais caché sa préférence de voir son fils échouer entre les pattes velues d'un mâle. On le constate, la table est mise pour toute une série de revirements étonnants, de portes qui claquent, de quiproquos, de méprises sur l'identité, d'apartés salés.
Mais même lorsqu'il verse dans l'humour estival, Michel Marc Bouchard n'en garde pas moins un regard intelligent sur la fourmilière humaine et les grands sentiments qui l'anime. Chacun de ses personnages, à sa manière, incarne une face cachée du désir: celui qui s'est évanoui avec le temps, celui qui nous taraude, sans cesse insatisfait, celui qui nous pousse à regarder de l'autre côté de la clôture, celui, incandescent, qui nous fait perdre la tête, et celui, le plus rare, qui résiste à la fois aux ravages du temps et de l'ennui. Autrement dit, celui qui sait garder sa tête tout en laissant battre son coeur.
Avec une mise en scène qui est un véritable feu roulant, Sylvie Dufour a tenu son pari de nous faire rire sans nous abrutir. Elle nous place d'emblée dans la position d'observateurs du va et vient incessant devant le chalet familial des Tremblay, comme si nous étions affalés sur la plage d'en face, au bord du Lac aux Sangsues. Non seulement elle a su diriger son choeur de comédiens-comédiennes d'une main légère et vaporeuse, comme un chef qui ne veut pas épaissir la sauce, mais elle a eu la sagesse de laisser à chacun suffisamment d'espace pour qu'il puisse aller explorer à fond sa fibre comique.
Il faut dire que les membres de la distribution se délectent presque autant que nous à jouer ces personnages de composition truculents. Tous sont excellents, mais il est évident que les rôles plus outranciers - ceux du couple gai incarné de manière jouissive par Claude Lavoie et Richard Léger, de la soeur exaltée ou de la planificatrice nuptiale névrosée - bénéficient d'un attrait «pyrotechnique» qui nous emporte.
En résumé, du bon théâtre d'été, pas grossier mais juste assez salé pour nous mettre en soif.











