Deux créations, deux énergies différentes.
Uprising
Uprising se construit à partir d'une unicité toute masculine qui érige la force physique en principe esthétique; le geste anodin, amplifié, se transforme de façon fulgurante en agression. Une tape sur l'épaule devient une gifle, amorce d'une altercation, début d'une bagarre généralisée. Ce processus de surenchère sied parfaitement au thème de la pièce, créant un univers scénique en constant bouleversement. Dispersions, rassemblements, duos, solos: le groupe à l'énergie débordante ne cesse d'éblouir par la vivacité de ses déplacements et de ses mouvements; une performance pure dirigée d'une main de maître. Les rares phases pendant lesquelles les danseurs reprennent leur respiration sont saturées de sons assourdissants qui prolongent l'effet de chaos. Point de tendresse dans cet univers exclusivement viril où toutes les tensions finissent exacerbées, sauf, peut-être, au passage synchronisé de corps fuyants. Le mouvement animal s'immisce alors avec grâce dans ce «soulèvement» général dont la course effrénée au plus fort, au plus rapide, au plus mâle emporte, sans résistance, l'adhésion du spectateur.
In Your Rooms
Dans la seconde prestation, In Your Rooms, créée en 2007, soit un an après Uprising, Hofesh Shechter augmente ses effectifs, mais continue toujours de mener ardemment une quête où les corps, en prise aux gestes quotidiens du monde moderne, seraient libérés de leur carcan pour s'exprimer pleinement. La présence féminine vient adoucir la chorégraphie, tout en gardant le même sens de la performance et du détail. La douzaine d'interprètes évolue dans une composition qui alterne découpages de lumières et autres effets géométriques. Cette fois, la musique s'incarne sur scène par la présence très astucieuse d'un groupe de musiciens qui surplombe le plateau des danseurs. De la même manière, un enregistrement vocal vient s'ajouter au pouvoir de suggestion des mouvements de danse contemporaine que l'on aurait pourtant préféré laisser bruts, sans commentaire explicatif. Les corps recroquevillés, convulsés, chorégraphiés en séquences répétitives, puis libérés de leurs gestes saccadés dans des élans de fureur exutoire, demeurent plus éloquents que n'importe quelle sentence qui affirmera en toutes lettres qu'il faut d'abord «s'attacher pour pouvoir se détacher». Quand l'énergie dépensée sur scène atteint une telle intensité, on voudrait la conserver intacte, dans toute sa frénésie et sa splendeur, comme l'a si bien fait Uprising.










