Depuis quelque 30 ans, cet architecte de formation a touché à tout, de la publicité à la bande dessinée, de la couverture de romans aux carnets de voyages, du nu au portrait, mais aussi du fusain à l'aquarelle, de l'huile au pastel, du crayon à la gouache.
« Je n'ai jamais fait de séries justement pour ne pas devenir prisonnier d'un personnage, d'un style. J'ai trop besoin de liberté pour créer, trop besoin de me renouveler d'un projet à l'autre, pour accepter de m'astreindre à la répétition », fait valoir l'artiste de 53 ans.
Cela ne l'a pourtant pas empêché de développer, au fil des ans, un esthétisme aisément reconnaissable. Son trait, qui emprunte autant au fauvisme, à Gauguin et à Hopper qu'au cinéma, et les ambiances proches de la musicalité du jazz de ses illustrations sont devenues la griffe du Français.
Quand il dessine, Loustal se fait réalisateur et producteur de cinéma. Première étape cruciale : choisir le bon scénariste, trouver l'histoire qui méritera qu'il « prenne une année complète à l'illustrer ». « Dans les BD que je fais, le rapport entre le texte et l'image est essentiel, note-t-il, c'est pourquoi je travaille avec des stylistes des mots, car c'est parfois une seule phrase, bien plus que l'histoire, qui m'inspire et m'incite à collaborer avec un auteur. »
Ensuite, il sélectionne sa distribution, éclaire son plateau, trouve le bon angle de cadrage de sa caméra. Cela dit, contrairement à un cinéaste, il n'a que peu d'intérêt à développer la gestuelle de ses personnages. « Je travaille plus sur les atmosphères que sur le mouvement. »
Son genre de prédilection ? Le roman noir, dont il apprécie les situations et émotions fortes, le côté grinçant. Il s'allie donc à des scénaristes comme Philippe Paringaux (Coeurs de sable, Barney et la note bleue et Kid Congo, par exemple) et Jérôme Charyn (White Sonya). Pour son plus récent titre, Coronado, il a pris plaisir à adapter, en solo, une nouvelle de Dennis Lehane (Gone, Baby Gone, Mystic River).
Loustal ne s'en cache pas : s'il était né 10 ans plus tôt, il n'aurait pas fait de BD. « Je suis arrivé dans le milieu de la bande dessinée à la fin des années 1970, alors qu'il était en pleine éclosion et s'éclatait hors d'une production axée vers les jeunes lecteurs, grâce entre autres à des magazines tels Rock & Folk, Métal hurlant ou encore L'Écho des savanes, raconte celui qui a d'ailleurs collaboré à toutes ses publications. Moebius et autres Enki Bilal faisaient exploser le genre, et j'ai senti que je pourrais moi aussi illustrer des histoires que j'aurais envie de lire. »
Dessiner l'Outaouais
Loustal est aussi un globe-trotter invétéré, dont les carnets de voyages bien garnis respirent le bien-être et la curiosité. « Je ne fais plus vraiment du reportage, mais plutôt des dessins par lesquels je prolonge le plaisir du voyage et dans lesquels je tente de recréer l'ambiance d'un moment », soutient celui qui s'est promené aux quatre coins de la planète.
Dans le cadre du 10e Rendez-vous international de la BD de Gatineau, qui se déroulera du 9 au 12 octobre, Loustal est donc débarqué dans la région avec ses nombreux outils pour jeter un regard personnel à son nouvel environnement.
« De plus en plus, quand je suis invité par les Alliances françaises, je propose d'ajouter à ma participation à un événement comme le festival de Gatineau une exposition à travers laquelle une série de dessins faits sur place se mélange à d'autres que j'ai apportés avec moi. J'aime particulièrement ce moment de découverte d'un lieu, d'une région », précise-t-il.
L'Outaouais représente pour lui son premier contact avec le Canada, où il n'avait encore jamais mis les pieds, lui qui a pourtant souvent séjourné aux États-Unis.
Installé à Gatineau depuis une dizaine de jours déjà, l'artiste a transformé sa chambre d'hôtel en petit atelier, a pris plusieurs photos en se baladant autant du côté d'Ottawa que dans les petites rues du Vieux-Hull et dans le parc de la Gatineau.
Le Français a retrouvé ici cette idée de grands espaces et de paysages urbains qui lui plaisent tant. Ici, il a dessiné une maison de la rue Laval. Là, il a reproduit une vieille grange dans un champ, près de Wakefield. Il s'est aussi beaucoup inspiré de l'île Victoria et des relents industriels de ce secteur, en plus de s'amuser à croquer la juxtaposition nature-ville.
Le public pourra admirer ces « petits flashes » dans le cadre de l'exposition Loustal, à la galerie de l'Alliance française à compter de vendredi et ce, jusqu'au 30 octobre. Quelques-unes de ses oeuvres seront par la suite intégrées, en guise de conclusion, dans son prochain carnet de voyage, qui doit être publié au printemps prochain.
QUAND ? Du 9 au 30 octobre
RENSEIGNEMENTS ? 613-234-9470 ou www.af.ca/ottawa











