L'affiche réunit une quintessence de noms : Charles Perrault qui en écrivit le conte, Tchaïkovski pour la partition musicale, et Rudolf Noureïev en chorégraphe. Un exercice de style, donc, pour la plus prestigieuse des compagnies de ballet, qui brille de tous ses feux dans la plus envoûtante des féeries en défendant, une fois encore, sa place au firmament de la virtuosité chorégraphique.
Ce spectacle tient un rôle magistral dans le coeur du Ballet National puisqu'en 1972, le célèbre chorégraphe se pencha sur le berceau de la compagnie en apportant sa précieuse contribution artistique à la première représentation canadienne du conte ; une production qui resta célèbre dans l'histoire de la compagnie pour son apparat et son budget.
Fraîcheur et faste
Le temps a passé, mais l'ambition n'a cependant point cillé. La Belle a gardé sa fraîcheur d'antan et son énergie débordante grâce à la mise en scène époustouflante de Karen Kain, ainsi qu'à une distribution très attendue, menée avec talent le soir de la première par le couple Heather Ogden et Guillaume Côté dans les rôles respectifs de la Princesse Aurore et du Prince Florimond.
Le faste déployé sur scène, porté par les décors ou les costumes, plonge le spectateur dans une cour baroque au charme agréablement désuet. Le grand palais s'érige en fief confortable d'une aristocratie festive et nombreuse, tandis que les bois terrifiants cachent entre leurs ombres dentelées le pouvoir maléfique de la terrifiante sorcière Carabosse. Le contraste fait mouche lorsque le monde enchanté du Prince retient son souffle à l'apparition de la méchante fée.
À l'instar de l'histoire, les mouvements des danseurs sont mis au défi par une chorégraphie exigeante, à la fois audacieuse et délicate, qui n'hésite pas à privilégier la difficulté technique jusqu'au plus haut point. Qu'à cela ne tienne ! Les danseurs défendent largement l'excellence de leur maîtrise, la précision de leurs gestes, entraînant le spectateur époustouflé dans le tourbillon puis la suspension du mouvement. Vertigineuses impressions, au bord de l'essoufflement, de la perte d'équilibre, du faux pas. La verticalité n'est cependant jamais rompue, toujours réinventée par des portés extraordinaires, de puissants jetés et des solos d'un dynamisme étourdissant.
L'éblouissement du public est palpable. En presque trois heures de ballet, chaque levée de rideau est une promesse de nouvelles fantaisies merveilleuses. Aux scènes de fêtes et de chasse restera certainement dans la mémoire de tous, le mirage du bateau enchanté se frayant entre la brume et les branchages un chemin vers (le coeur ?) des spectateurs.
Tout n'est que faste, luxe et volupté : La Belle au bois dormant envoûte petits et grands d'un charme que l'on espère vite revivre avec la compagnie.
POUR Y ALLER
OÙ ? Centre national des arts
QUAND ? Ce soir, 20 h
RENSEIGNEMENTS ? Billetterie du CNA ou Ticketmaster, au 613-755-1111










