« Je vois encore la scène, s'est-il rappelé à l'occasion d'un entretien téléphonique. Une voiture m'attendait à mon arrivée à l'aéroport de Dorval. Je suis monté dans le véhicule et en soirée, je donnais un spectacle à l'aréna de Drummondville. Le lendemain, on s'est dirigé vers Trois-Rivières et le surlendemain, en direction de Québec. Trois prestations en autant de soirs. Tout ça au moment où j'apprenais à vivre avec le décalage horaire. »
L'horaire astreignant ne l'a pas empêché de tisser d'étroits liens avec sa nouvelle famille. Bien au contraire. « La langue française nous a tout de suite rapprochés. Au fil des ans, je me suis fait de très bons amis. Je songe entre autres à René Angelil. Je l'ai connu du temps où il faisait partie des Baronets. Puis, il y a eu le regretté Tony Roman et Renée Martel, rencontrée sur un plateau de tournage, en 1968. Récemment, je me suis lié d'amitiés avec Jamil et on est devenus de grands copains. C'est ma deuxième demeure. Au point où ma femme connaît Montréal comme Paris. »
De passage à Gatineau
Dick Rivers profitera de sa tournée en sol québécois pour s'arrêter à la salle Odyssée de la Maison de la culture de Gatineau, demain. Un spectacle à l'image de la carrière de l'artiste, qui a endisqué plus de 700 chansons en carrière. Un spectacle hétéroclite, donc, où il livrera le bilan musical de sa grande carrière.
« Tu sais, il y a deux Dick Rivers. Un pour la France et un pour le Québec. »
Sans blague ?
« Tout à fait. J'interprète des chansons au Québec et ces chansons sont inconnues en France. C'est à ce point étrange. Je dois donc préparer deux tours de chant, contrairement à Francis Cabrel qui présente le même spectacle des deux côtés de l'océan. Sept musiciens m'accompagnent pendant cette tournée et ils sont tous des Québécois. Ils sont dirigés par Christian Turcotte, un musicien avec qui je m'entends très bien. »
Demain, le public va renouer avec le Dick Rivers rockeur des années 1960 et 1970. Et avec le Dick Rivers nouveau genre, aussi, celui du dernier disque L'homme sans âge, paru en 2008. Un disque fidèle au temps et déjà devenu intemporel. Dick Rivers s'est déplacé vers des studios d'enregistrement à Londres pour y saisir l'essentiel.
« J'ai beau avoir plus de 40 ans de métier, je traverse toujours une sérieuse période d'angoisse au moment de travailler sur un nouvel album. Je me demande constamment si le public va l'apprécier. Si le public va embarquer. Heureusement, le dernier a été fort bien reçu. J'ai toujours évolué avec la musique et il est reflet de cette évolution. Je ne m'en cache pas, il est celui qui me ressemble le plus. »
L'homme sans âge ne sera pas le dernier album de Dick Rivers en carrière. Il planche déjà sur un nouveau disque, attendu en 2010.
« J'ai déjà une bonne idée de sa direction. Je suis un interprète. Je dois donc trouver des chansons. En ce moment, mon projet est d'interpréter des chansons, certaines connues, et à ma façon. Des chansons écrites par de grands auteurs. Léo Ferré me revient souvent à l'esprit. »
L'entretien a pris une tournure inattendue quand on lui a rappelé à quel point il était jeune au moment d'entamer sa carrière dans la chanson.
« C'est vrai, je n'ai pas eu de jeunesse. Je suis passé de l'enfance à l'âge adulte d'un trait. Depuis, j'apprends à tous les jours et je continue d'apprécier mon métier. Je veux plaire aux gens, même si, parfois, je m'oublie. »











