Mme Champeau a été récompensée dans la catégorie Essais, pour Pointe Maligne, l'infiniment oubliée - Présence française dans le Haut Saint-Laurent ontarien, publié à l'enseigne de la maison d'édition ottavienne du Vermillon. De son côté, Mme Nadeau a raflé un troisième prix dans la catégorie Jeunesse - illustrations - et un deuxième d'affilée - pour son travail sur le roman de Hervé Bouchard, Harvey, publié à La Pastèque. M. Bouchard a lui aussi été couronné, pour son texte, établissant un doublé historique : c'est la première fois qu'une même oeuvre est ainsi primée dans deux catégories.
L'Ottavienne Caroline Pignat a également reçu un prix en littérature jeunesse pour son texte de langue anglaise Greener Grass : The Famine Years, alors que Julie Mazzieri, Hélène Monette et Suzanne Lebeau font partie des autres auteurs francophones récompensés cette année. Mme Mazzieri l'a emporté dans la catégorie fiction pour son roman Le Discours sur la tombe de l'idiot. Côté théâtre, Suzanne Lebeau a été récompensée pour la pièce Le bruit des os qui craquent, tandis que Mme Monette a été déclarée gagnante en poésie, pour son recueil Thérèse pour joie et orchestre.
Le long du fleuve
Dans Pointe Maligne, Nicole V. Champeau donne un écho intime et poignant aux explorateurs, militaires, missionnaires et autres défricheurs français qui ont suivi le cours du fleuve Saint-Laurent par-delà Montréal pour se rendre jusqu'aux Mille-Îles, « le Jardin du Grand Esprit », et plus loin encore. En quête de cette présence française dont certains patronymes « beaux comme des poèmes » marquent encore le parcours du fleuve, harnaché depuis, à la suite de la construction, dans les années cinquante, de la Voie maritime du Saint-Laurent et à l'aménagement des rapides du Long-Sault, l'essayiste et poétesse a fouillé autant dans les archives qu'en elle-même pour rendre compte de ses questionnements et trouvailles. « Je voulais à la fois écrire un ouvrage rigoureusement documenté, sans pour autant occulter la part émotive du texte », a-t-elle expliqué, hier, lorsque jointe à Montréal.
Visiblement émue, Mme Champeau s'est dite particulièrement « touchée » de voir son essai primé. « Pointe Maligne, c'était ma manière de rendre visible une part occultée du fleuve, de donner une nouvelle voix à tous ceux qui ont vu les 40 miles de rapides du Haut Saint-Laurent, qui en ont connu toutes les inclémences. C'est le résultat d'un long cheminement, de plusieurs mises en question. Je suis aujourd'hui au comble d'être là, au Québec, moi, la Franco-Ontarienne, pour parler du Saint-Laurent qu'il faut aimer dans tout son parcours et toutes ses blessures ! » a-t-elle fait valoir, des trémolos audibles dans la voix.
Pour l'emporter, Nicole V. Champeau a notamment coiffé deux autres auteurs de la région au fil d'arrivée, soit Djemila Benhabib et Charles Le Blanc, qui étaient en lice pour leurs essais respectifs, Ma vie à contre-Coran : une femme témoigne sur les islamistes et Le Complexe d'Hermès, regards philosophiques sur la traduction.
La mort illustrée
L'illustratrice Janice Nadeau a pour sa part mérité un troisième titre, pour ses trois années de travail sur Harvey. « Je trouve ça merveilleux de pouvoir partager la joie de gagner un tel honneur avec Hervé (Bouchard), qui a lui aussi récolté prix. C'est vraiment doublement plaisant ! » a-t-elle fait valoir. Curieusement, c'est pour un autre livre traitant de la mort que l'artiste remporte un prix du gouverneur général pour une deuxième année consécutive. L'an dernier, c'était pour l'album Ma meilleure amie, dont le texte était signé par Gilles Tibo.
« Harvey, c'est comme une suite logique de Ma meilleure amie. J'ai vraiment eu carte blanche de l'éditeur pour créer ce livre, ce qui m'a permis de travailler en totale liberté. On n'avait même pas un nombre de pages déterminées, avant de lancer le projet, c'est dire ! Pourtant, le texte de Hervé, si on le met bout à bout, fait à peu près une dizaine de pages, pas plus. Mais j'avais entre chaque phrase toute la place pour m'exprimer et insérer mes illustrations », a expliqué Janice Nadeau.
La gouverneure générale Michaëlle Jean remettra les prix aux lauréats le jeudi 26 novembre, à Ottawa.











