L'Illusion comique de Corneille se révèle un pur divertissement, qui souligne avec brio le caractère contemporain de ce classique.
Créée en 1635, L'Illusion comique de Pierre Corneille est une pièce en cinq actes qui rend à sa façon un hommage au théâtre. Un père, Pridamant (Gilles Provost), qui n'a pas vu son fils Clindor (Marc-André Boyer) depuis dix ans, se rend dans une grotte où Alcandre, un magicien, lui promet des nouvelles de ce fils disparu. Ce que le vieil homme ne sait pas, c'est que ce magicien tout comme son fils sont membre d'une même troupe de jeunes comédiens qui ont décidé de lui donner une leçon.
Devant lui, ils joueront la commedia dell'arte, le tragique, le comique et même le burlesque. Assis du côté des spectateurs, le père assiste à cette allégorie qu'il croit enchantée, partagé entre le bonheur de revoir son fils et la crainte de voir ce dernier s'enliser dans une complexe histoire d'amour.
Un joli ballet verbal
Au coeur de ces songes, Clindor travaille au service du suffisant capitaine Matamore (Pierre Antoine Lafon Simard) qui souhaite conquérir le coeur d'Isabelle (Larissa Corriveau). La belle n'a pourtant que d'yeux que pour Clindor. Et puis, il y a le père d'Isabelle qui veut donner sa fille en mariage à un autre rival, Adraste (Vincent Poirier).
Sous les yeux du père - et du public - ces personnages se plient à un minutieux ballet verbal où chaque pas est précis et livré avec un plaisir contagieux. La distribution semble s'amuser avec la langue de Corneille, qui questionne aux détours de quelques bouffonneries les fondements de l'amour véritable et l'emprise de l'image sur la réalité.
Sous la cape de Matamore, Pierre Antoine Lafon Simard, qui défend aussi le rôle du magicien, demeure la surprise et la découverte de la soirée. Drôle à souhait, il offre un Matamore présomptueux, orgueilleux, vantard et dépourvu de toute trace de courage.
Toute aussi amusante, Larissa Corriveau ajoute une belle nuance à son jeu avec un non verbal qui en dit encore plus long que ses réparties. Vincent Poirier, un comédien que l'on a rarement vu ailleurs que dans des productions contemporaines, est méconnaissable en gentilhomme éconduit.
La rencontre des générations
La pièce L'Illusion comique, c'est aussi une rare occasion de voir Gilles Provost dans un classique. L'alexandrin lui sied à merveille. Il y a aussi quelque chose de touchant de voir ce vétéran partager les planches avec une si jeune équipe, qui, un peu à l'instar des personnages qu'elle défend, ne demande qu'à prendre sa place dans le milieu théâtral.
Il faut aussi souligner le travail remarquable d'Isabelle Bélisle aux costumes.
Le Théâtre la Catapulte a eu une brillante idée en invitant Dominique Lafon - une collaboratrice de longue date - à signer une première mise en scène, ainsi qu'à monter pour la toute première fois un classique sur les planches de La Nouvelle Scène. La metteure en scène a d'ailleurs su partager avec la distribution son amour senti des oeuvres classiques. On peut parler de mission accomplie.
À noter que la Catapulte offre des représentations les jeudis à 18 h, avec surtitres en anglais.










