Voyage dans l'arrière décor du processus de création.
Avec le parti pris d'ouvrir sa représentation en transformant les êtres en automates, la chorégraphe australienne a frappé juste. D'emblée, son écriture exigeante donne le ton ; le travail des trois danseurs relève à la fois de la performance athlétique et de la présence dramatique, dualité qui ne cessera d'être développée et approfondie durant toute la représentation. Un humour caustique vient teinter le jeu des trois interprètes et de leurs expressions forcées, du rire joyeux à l'effrayant rictus étiré jusqu'au masque. On y retrouve indéniablement un écho chez un autre Australien d'origine, Lloyd Newson : même esprit railleur et sans pitié, même goût pour le spectacle de la mise en scène, et pour cause.
Feu Tanja Liedtke a collaboré avec le très réputé DV8 Physical Theatre, que le Centre National des Arts accueillera sur ses planches la semaine prochaine. Concours de circonstances ?
Une écriture variée
Les artistes - perçus comme de la matière modulable à souhait - deviennent alors les pièces maîtresses d'un jeu de construction. Percés, désarticulés, rassemblés, tordus, ils s'imprègnent d'une malléabilité qui ne laisse aucun doute sur l'étonnante variété des combinaisons possibles, ni sur les aptitudes impressionnantes du trio formé par Kristina Chan, Charmene Yap et Paul White. Les corps se dénudent furtivement, les tableaux s'enchaînent, avec cependant une qualité aléatoire des transitions. Il faut dire que la chorégraphie explore des écritures très différentes ; des scènes de marionnettes aux duos dansés dans un clair-obscur sensuel, la pièce passe d'un style à l'autre avec tous les risques, plus ou moins maîtrisés, que comprend l'exercice.
La scénographie est remarquable en ce sens qu'elle fait partie intégrante de la construction du jeu. Quand les danseurs s'emparent d'un outil, aussi modeste soit-il, les corps deviennent alors, dans le mouvement, son prolongement fidèle. Une histoire prend forme au fil de ce travail de construction, lequel se cale sur le rythme des inventions toutes plus farfelues les unes que les autres. Les lattes de bois revêtent une dimension onirique dans la surenchère de leurs utilisations. Sous le regard amusé du public, ces planches se convertissent en horloge, toilettes, fenêtres, escaliers, cheminée, et lorsque le tour de la maisonnée a été fait, tombeau, croix, pelle, prennent le relais.
Vie et mort, version accélérée, d'un jeu de construction qui jette les fondations d'une famille quelconque. Le spectacle s'achève sur une note plus sombre, les gestes mécaniques envahissent dans un ultime soubresaut le couple à la dérive. Mais qu'à cela ne tienne ! En toile de fond, le thème musical rappelle que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.










