Son documentaire, La Faim d'un pays, trace un portrait troublant de la pauvreté chez les enfants : chaque jour, au pays, 700 000 jeunes ne mangent pas à leur faim.
« La grosse découverte que nous avons faite au cours de nos recherches, c'est de nous rendre compte que 40 % des enfants pauvres ont un parent qui travaille, souligne Mark Chatel. Ceux qu'on surnomme les working poors sont de plus en plus nombreux, dans notre société supposément riche et prospère. »
Pour rendre compte de la situation, le réalisateur, qui tient aussi le rôle d'intervieweur dans son documentaire, est allé à la rencontre de familles de tous les horizons, de bénévoles dans les banques alimentaires (qui rappellent que ce sont rarement les nantis qui y donnent de leur précieux temps), de politiciens (dont Ed Broadbent, qui est à la source de la fameuse résolution adoptée en 1989) et de spécialistes, tel le Dr Gilles Julien.
« Notre but, c'était de révéler l'invisible, sans tomber dans le sensationnalisme ou le voyeurisme. Mais il y a un réel mur d'indifférence à briser et à faire tomber, en ce qui a trait à la pauvreté des enfants, fait valoir Mark Chatel. Entre concevoir les choses rationnellement et les percevoir sur le plan émotionnel, il y a un monde de différence. Jamais je n'aurais cru qu'à l'école de mon fils, des enfants ne mangeaient pas à leur faim, des familles n'arrivaient pas à joindre les deux bouts. À deux pas de chez nous, il y a des gens qui vivent dans des conditions qu'on associe au tiers-monde dans nos têtes et dans nos coeurs... »
Une « pauvreté terrible »
Le président-fondateur du Club des petits-déjeuners, Daniel Germain, soutient d'ailleurs que la pauvreté paraît peut-être plus terrible lorsqu'elle met en scène des enfants de l'étranger, mais qu'elle s'avère plus cruelle au Canada que dans n'importe pays défavorisés, puisque les enfants d'ici sont bien plus conscients des choses matérielles qu'ils n'ont pas. « Ici, nos enfants sont très sollicités par la publicité, entre autres, ce qui leur rappelle constamment ce qu'ils n'ont pas. La tentation est toujours présente », précise Mark Chatel.
Ce dernier a par ailleurs délibérément monté un segment de son documentaire pour confronter le discours macroéconomique de l'ex-ministre des Finances et premier ministre du Canada Paul Martin à la réalité d'une mère monoparentale et de ses deux adolescentes, évincées de leur appartement et réduites à loger dans un motel.
« Ce découpage rappelle évidemment une séquence du documentaire Roger And Me de Michael Moore, et c'était exactement ce que je voulais faire, soutient M. Chatel. Entendre Paul Martin expliquer que c'est à cause de la dette qu'il avait dû couper les programmes pour le logement social, dans les années 1990, pendant qu'on voit cette mère et ses deux filles se faire à manger dans leur chambre de motel, rend compte à quel point la solution à la pauvreté n'est peut-être pas aussi simple qu'on pourrait le croire. »
La volonté politique
Pour Mark Chatel, enrayer la pauvreté passe donc par une réelle volonté politique concertée de s'attaquer au problème. « Si l'environnement a pu mobiliser population et élus, la pauvreté doit devenir la prochaine bataille à livrer collectivement, déclare-t-il. Pour ma part, j'ai tourner ce documentaire m'a ouvert les yeux et le coeur, je dois le dire. »
Ainsi, touché par le sort de l'une des familles rencontrées pendant le tournage, le producteur et réalisateur ottavien a décidé de tendre une main secourable. Ce faisant, il conclut son film en invitant le téléspectateur à poser un geste concret, aussi simple soit-il, pour donner un peu d'espoir aux enfants dans le besoin.
La Faim d'un pays sera diffusé lundi soir, dans le cadre des Grands Reportages, au Réseau de l'information, et présenté en rediffusion à la télé de Radio-Canada, le 4 décembre, à 21 h.











