Dramaturge, metteur en scène et comédien, Christian Lapointe s'est construit une réputation plus qu'enviable en s'attaquant à des textes qualifiés d'injouables, qu'ils soient signés Sarah Kane, Gauvreau ou Yeats.
Invité l'été dernier au Festival d'Avignon où il a présenté sa pièce C.H.S., le créateur revient à son auteur fétiche, William Butler Yeats (Le chien de Culann, Le seuil du palais du roi), avec le spectacle Limbes, qui prend l'affiche ce soir au Studio du Centre national des arts. Un spectacle qui vient ainsi marquer les 10 ans du Théâtre Péril qu'il a fondé à Québec.
«?De nos jours, tout doit être consensuel, tout doit respecter l'économie du marché. Tout doit être comme de la mozzarella, mais je ne connais personne qui est vraiment fan de la mozzarella?!?» lance au bout du fil Christian Lapointe, pour qui l'art se doit de proposer de nouvelles avenues, d'aller à contre-courant.
«?L'art doit poser des questions?», souligne le metteur en scène. Et des questions, le spectacle Limbes en pose beaucoup. Construit à partir de trois petites pièces du dramaturge irlandais (Calvaire, Résurrection et Purgatoire), Limbes questionne la foi et le doute. Une pièce qui n'aborde pas nécessairement la foi catholique, mais la vie spirituelle dans son ensemble, poursuit Lapointe. Limbes, c'est aussi la menace de la pollution et de la fonte des glaciers, la question du temps et de l'éternité.
Le travail de réécriture a été titanesque. Christian Lapointe a incorporé aux mots de Yeats des fragments de poèmes de l'auteur qui traite aussi du Christ.
Le premier segment du spectacle respecte le cérémonial qui entoure le théâtre du prix Nobel de la littérature, tandis que le deuxième mouvement est plongé dans une atmosphère apocalyptique.
«?Nous sommes dans le grotesque. Nous venons profaner en quelque sorte la version sacrée de la première pièce?», explique Christian Lapointe, qui a choisi de superposer les trois pièces dans la dernière partie, qui se veut aussi un épilogue.
Un passage marqué
Revenir à Yeats était primordial pour Christian Lapointe. «?C'était une façon pour moi de voir ce que j'avais appris au cours des 10 dernières années.?»
Une façon aussi de se débarrasser de ce père qui l'a mis au monde. «?Limbes marque vraiment un passage dans mon écriture. En transcendant Yeats par la réécriture, j'ai accédé à une certaine liberté.?»
Celui qui voit ses textes comme des maisons dit apprécier le travail de charpente, mais pas question de passer trop de temps dans ces demeures qu'il a passé des heures à ériger. Il n'aurait donc pas pu se contenter de reprendre une oeuvre de Yeats qu'il avait servie au début de sa carrière. «?Je n'aime pas la rénovation, je suis plutôt du genre maison neuve?!?»
Dans Limbes, Christian Lapointe s'est réservé le rôle de narrateur-musicien, une tâche qu'il partage avec Mathieu Campagna, qui signe les musiques du spectacle.
«?Limbes est un objet dense, touffu, complexe, mais pas hermétique, prévient le dramaturge. Ce n'est pas une expérience de l'ordre élitiste, au contraire, ça va chercher les spectateurs?».
POUR Y ALLER
OÙ?? CNA
QUAND?? Du 2 au 5 décembre,
à 20 h
RENSEIGNEMENTS?? Billetterie
du CNA ou chez Ticketmaster
au 613-755-1111










