Limbes, de Christian Lapointe, au Centre national des arts

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Limbes est un objet de théâtre intrigant, où... (PHOTO COURTOISIE)

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Limbes est un objet de théâtre intrigant, où l'homme glorifie la religion pour mieux la profaner. C'est aussi un chaos organisé, un cafouillis volontaire.

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Geneviève Turcot
Le Droit

Rarement un spectacle a si bien porté son nom. Limbes, de Christian Lapointe, est un objet intrigant où, dans l'attente de la venue rédemptrice du Christ, l'homme glorifie la religion pour mieux la profaner. Un théâtre qui questionne la foi en abordant l'apocalypse.

La pièce Limbes commence comme elle se termine : dans une orgie de mots et un vacarme étourdissant. « Nous sommes déjà tous morts », préviennent les protagonistes. Ils sont cinq sur scène, encadrés par deux narrateurs-musiciens, Christian Lapointe et Mathieu Campagna. Pour écrire Limbes, Christian Lapointe, qui signe la traduction, l'adaptation et la mise en scène, a d'abord décomposé trois courtes pièces de son auteur fétiche William Butler Yeats, Calvaire, Résurrection et Purgatoire.

La démarche est laborieuse. N'entre pas qui veut dans l'univers du dramaturge écossais et prix Nobel de littérature. Plusieurs spectateurs l'ont appris à leurs dépens. Une dizaine d'entre eux ont d'ailleurs quitté avant la tombée du rideau, qui allait survenir pas moins de 2 h 40 après la première réplique.

Le tout est livré sans entracte et sans pratiquement reprendre son souffle. Le premier mouvement de Limbes respecte l'esprit de Yeats avec un cérémonial ancré dans le théâtre nô japonais. Ici, pas de samouraïs, mais du pain, un couteau, du sang et un étrange dialogue entre un père et son fils.

Les gestes sont lents, le jeu dépouillé et le texte pratiquement chanté. Une première pièce dense où il est question de l'avènement du Christ, mais aussi de Lazare, de la trahison du Judas, de la révolte de la plèbe et de la résurrection de Jésus. Le tout est figé dans une esthétique qui finit par être lassante.

Chaos et contradictions

Limbes, c'est un chaos organisé, et ce, avec ou sans le spectateur. Un cafouillis théâtral volontaire où l'on est à même de sentir la poigne de Lapointe sur son oeuvre. Ce spectacle demande, voire exige une grande capacité d'ouverture et d'abandon. Il est facile de s'en sentir exclu.

Afin de mieux souligner les contradictions de cette quête spirituelle qui divise davantage les hommes qu'elle ne les unit, Christian Lapointe rejoue la même pièce une deuxième fois pour mieux la profaner. Un pain tranché, un couteau à beurre et des fluides humains ont remplacé les accessoires originaux. Cette fois-ci, les comédiens se font slammeurs et déversent leur fiel la tête coiffée d'un vulgaire sac brun. Annonciateurs de l'apocalypse, ils mélangent les genres et les niveaux de langage et multiplient les blasphèmes. Le rôle de Jésus a été confié à la seule femme de la distribution. Un deuxième acte qui arrache des rires. Après la rigueur du premier souffle, Lapointe envoie valser sa pièce dans une infopub sur les vertus de la foi. Il a d'ailleurs choisi de baigner ses acteurs d'une lumière plus crue.

Puis, dans un dernier et troisième élan, le metteur en scène a superposé son triptyque afin de créer un épilogue où les trois pièces s'emboîtent et se répondent.

Au volant de sa moissonneuse-batteuse, Christian Lapointe a défriché des textes réputés infertiles. Il a néanmoins réussi à y planter une démarche créative qui se veut aussi difficile à saisir que fascinante. Limbes est une coproduction du Théâtre Péril de Québec, qui célèbre son dixième anniversaire et du Théâtre français du CNA,

À noter que Christian Lapointe s'entretiendra avec Guy Warin, adjoint du directeur artistique du Théâtre français, ce midi au Studio du CNA.

L'entrée est libre.

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