Reconnue par le public pour ses romans et albums jeunesse, Françoise Lepage s'apprêtait à lancer son tout premier titre de fiction pour adultes, un recueil de nouvelles intitulé Soudain l'étrangeté, aux Éditions David.
« Nous sommes d'autant plus bouleversés qu'elle est partie très vite, trop vite », a soutenu d'une voix teintée d'émotion Jean Malavoy, directeur général de l'Association des auteures et auteurs de l'Ontario français (AAOF), hier.
« C'est une femme qui a toujours eu beaucoup d'influence sur nos membres, par son intérêt envers tous et chacun, comme par son engagement, a renchéri M. Malavoy. Elle n'avait pas de sang franco-ontarien, mais la culture franco-ontarienne coulait dans ses veines. Elle était une formidable et sincère ambassadrice. Elle nous encourageait sans cesse à parler français en Ontario ; elle cherchait à faire rayonner la richesse de notre langue et de notre culture auprès des jeunes, entre autres. »
C'est notamment après avoir été bibliothécaire et après avoir enseigné la littérature jeunesse à l'Université d'Ottawa pendant plus de 10 ans que Françoise Lepage a choisi de s'engager dans le milieu littéraire ottavien.
En 2001, elle était devenue directrice de la collection Voix didactiques - Auteurs, aux Éditions David, et, trois ans plus tard, elle prenait la barre de la collection Cavales, aux Éditions L'Interligne.
Parallèlement, elle se faisait essayiste. Elle a d'ailleurs remporté les Prix Gabrielle-Roy 2000, Champlain 2001 et du livre de la Ville d'Ottawa 2002 pour son Histoire de la littérature pour la jeunesse.
Dans la foulée, elle a signé un Dictionnaire des auteurs et des illustrateurs et la biographie d'une pionnière de la littérature pour adolescents, Paule Daveluy.
« Elle a écrit des monuments, qui vont demeurer », a souligné Jean Malavoy.
Question d'identité
Originaire de France, Françoise Lepage habitait à Ottawa depuis quelque 30 ans.
En publiant sa trilogie Sébastien de French Hill, qui raconte un pan de l'histoire de l'Est ontarien et de la capitale fédérale à travers le quotidien de son jeune héros, elle a non seulement lancé sa prolifique carrière d'auteure jeunesse, mais elle a aussi - et peut-être surtout - traduit du même coup son affection et son attachement profonds à sa terre d'adoption.
« On dirait que l'endroit d'où l'on vient n'existe pas tant qu'il ne devient pas un lieu digne de mention dans un livre ou tout autre oeuvre d'art. Comme s'il n'était pas grand-chose s'il ne méritait pas d'être raconté d'une façon ou d'une autre. C'est donc important pour l'identification de pouvoir se reconnaître. Je trouve essentiel que les jeunes franco-ontariens aient accès à des romans dont l'action se déroule en Ontario français, qui leur parlent de ce qu'ils sont. Des romans jeunesse remettant en contexte l'histoire de leur coin de pays, il n'y en avait pas ! » avait d'ailleurs fait valoir la principale intéressée, lors d'une entrevue accordée au Droit, en mars 2006, alors qu'elle était l'invitée d'honneur au Salon du livre de l'Outaouais, en tant que représentante de l'AAOF.
Françoise Lepage a également mérité les grands honneurs pour Poupeska, dans lequel elle abordait l'angoisse et l'intimidation chez les jeunes. Ce roman lui a valu le Prix du livre d'enfants Trillium et le Prix littéraire LeDroit - jeunesse, en 2007, en plus d'une nomination aux Prix du gouverneur général.
Elle avait par ailleurs récemment publié, encore une fois à l'enseigne
de L'Interligne, un album illustré par Marion Arbona, Le Collier de la duchesse, une adaptation d'un extrait d'Évangéline, de Henry Wadsworth Longfellow.
Son recueil de nouvelles Soudain l'étrangeté sera quant à lui lancé tel que prévu, au cours des prochaines semaines.
Françoise Lepage s'est éteinte moins de deux ans après son mari, Yvan Lepage, qui fut l'une des figures importantes de la Faculté des arts et du Département des lettres françaises de l'Université d'Ottawa.











