Une invitation à l'éclectisme chorégraphique dont le mérite est double : démontrer le talent mais aussi la polyvalence d'une compagnie dynamique tournée vers l'avenir, et s'assurer de satisfaire tous les goûts du public, au moins une fois sur les deux heures de spectacle. Le parti pris de la diversité laisse, en revanche, plus perplexe quant à la logique compositionnelle et aux transitions entre des courants esthétiques si différents.
Brillant exercice de style
L'exercice de style auquel s'est livrée la compagnie a en effet alterné ballets classiques et oeuvres contemporaines. Sous la baguette de leur directeur musical Jonathan McPhee, des compositeurs comme Verdi, Debussy, Carl Maria von Weber et Mozart ont offert aux danseurs une partition de choix, un panel d'harmonies et d'expressions pour orchestrer une série de chorégraphies connues ou à découvrir.
On retiendra surtout le superbe Ein von viel de la chorégraphe canadienne Sabrina Matthews, sobre mais complexe : un piano sur scène, un duo masculin sur les Variations Glodberg de Bach, cette quintessence du raffinement technique, a remporté l'engouement de la salle.
En ouverture, Ballo della Regina pose les assises du ballet classique dans un univers bleuté, où chaque envolée participe à un élan de légèreté général, où l'évanescence gracieuse des mouvements des solistes, à l'instar de celle du corps de ballet, crée une apesanteur vaporeuse que l'on aimerait voir se prolonger un peu plus.
Volupté et sensualité
Volupté physique et sensualité des duos s'esquissent pour se parfaire dans la suite du programme, avec deux oeuvres-phare initialement conçues pour Les Ballets Russes et dansées en dix minutes. Ainsi, Le Spectre de la Rose - parangon de l'expression romantique, de l'exaltation des sentiments - est un tableau qu'il convenait de faire figurer à la fresque historique, mais surtout, le tant attendu L'Après-midi d'un faune et sa réputation liée aux controverses relatives à sa création.
Dans un décor un peu vieilli, orné de tentures jaunâtres et de lumière sépia, le mouvement des danseurs respecte une logique verticale peu commune, les déplacements deviennent stylisés dans une mise en scène aux connotations furtivement érotiques qui soulevèrent un tollé au début du xxe siècle. Pourtant l'étonnement que l'on éprouve n'a pas pris une ride.
Le côtoiement d'oeuvres aux styles variés nous aura montré que la démarche est souvent ancrée dans le même désir d'en finir avec la pureté du style académique, et l'illusion initiale d'échapper à la pesanteur.
Le choix de la chorégraphie finale tranche par son contraste. En effet, la création récente de Jorma Elo, Brake the Eyes, revisite Mozart et interroge la tradition classique dont elle est issue : les tutus deviennent électrisants sous une lumière crue, les gestes saccadés sont amplifiés par l'enregistrement des essoufflements. En clôturant ainsi la soirée, le Boston Ballet a prouvé qu'il faisait la part belle à l'innovation et à la relève. Ottawa compte sur la compagnie pour revenir faire découvrir de nouveaux talents, de nos contrées et d'ailleurs.










