Ils sont ces « mauvaises herbes » qu'on voudrait éradiquer, ces pousses mal aimées et mal menées que l'auteure dramatique Jasmine Dubé, endossant sur scène le costume de Flore la jardinière, arrose, nourrit et fait fleurir à coup de tendresse et d'amour-fertilisant dans son jardin d'enfants.
Pour célébrer à sa manière toutes les petites binettes qui ont défilé dans sa vie d'auteure jeunesse, de comédienne et de créatrice de théâtre pour les jeunes, Jasmine Dubé a imaginé un triptyque autour de ce thème, les « jardins dans lesquels poussent les enfants ». Les mauvaises herbes, à l'affiche en fin de semaine au Studio du CNA pour les 8 ans et plus, est le premier de ce volet sur l'enfance et « ses adultes » à nous arriver. Des trois pièces, c'est la plus grave. Avec délicatesse et pudeur, mais sans détourner le regard ni embellir de fioritures une dure réalité, elle parle de ces petits abandonnés, rejetés parce que différents, parce que dérangeants. Elle montre aussi ce qui se cache sous l'armure poquée, l'extraordinaire résilience de ces petits qui apprennent trop vite à ravaler leurs pleurs et à se blinder pour calmer leur soif d'amour, de lumière.
Montrés dans leur douloureuse complexité, Jasmine Dubé nous les rend attachants, ces petits êtres oubliés au fond de leurs pots. Ceux qui, comme Lina, doutent tellement d'eux qu'ils s'étiolent, s'effacent, s'auto-détruisent. Ceux qui, tel Momo l'hyperactif, tapent sur les nerfs avec leurs tics et leurs compulsions. Et enfin ceux qui, comme Tatou, s'enferment dans la violence et l'agressivité, y compris la plus terrible, celle qu'ils dirigent contre eux, l'auto-mutilation.
À lire ce qui précède, on se dit que le sujet est décidément trop « heavy » pour un public d'enfants. Et bien non. Dans le jardin de Jasmine Dubé et le terreau imaginé par le metteur en scène Benoît Vermeulen, les mauvaises herbes sont tellement chouchoutées et enveloppées de chaleur (à l'image des belles écharpes de laine du décor) qu'ils trouvent moyen de nous faire rire, et de dévoiler sous nos yeux ébahis leur beauté cachée. Comme quoi la beauté, tout comme la « mauvaise » herbe, est fonction du regard qu'on pose sur elle.











