Images à percevoir ou à réinventer

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Paésines 1, de Nicolas Baier(2008)...

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Paésines 1, de Nicolas Baier(2008)

Valérie Lessard
Le Droit

Enfant, fils de deux artistes, Nicolas Baier observait déjà tout, tout le temps, et rêvait déjà d'être lui-même un artiste.

Le Montréalais prenait alors plaisir à voir des formes dans les nuages, entre autres. Aujourd'hui, le photographe de 42 ans préfère voir « des nuages dans les formes » qu'il aperçoit, tantôt sur les morceaux de papier tachés d'eau, tantôt dans les veines d'une météorite.

Son exposition Paréidolies - ce phénomène psychologique par lequel le cerveau détecte des formes familières dans des univers abstraits - se veut d'ailleurs une invitation lancée aux visiteurs de venir « voir » par eux-mêmes ce qui se cache dans ses oeuvres.

Paréidolies est présentée par le Musée canadien de la photographie contemporaine au Musée des beaux-arts du Canada à compter de demain et ce, jusqu'au 25 avril.

« Je propose un exercice de perceptions, d'observation, d'interprétations, fait valoir Nicolas Baier. Pour moi, la photographie me permet surtout de transposer un monde d'idées dans des images abstraites. Si j'ai une mission, c'est de dire aux gens que la poésie visuelle existe partout. Il y a une certaine paresse chez ceux qui croient que seuls les artistes peuvent leur faire voir et ressentir des choses. Il appartient à chacun de faire cet effort, selon moi. »

Vanités

Pièce centrale de l'exposition, Vanités regroupe une quarantaine d'images formant une étrange mosaïque de miroirs scannés. Poussières, égratignures, saletés et empreintes y ont laissé leurs traces, sur fond noir, traces dans lesquelles le visiteur peut voir tout ce qu'il veut, à l'exception de son reflet.

À l'extrémité gauche de l'impressionnante pièce, pointe Nicolas Baier, une majorité de personnes reconnaissent d'ailleurs les fameux Nymphéas de Claude Monet.

« Mais il n'y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses à ce que quelqu'un peut déceler dans ce que je fais », tient-il toutefois à préciser.

Pour sa série Paséines, le quarantenaire s'est intéressé aux pietra paesina de Toscane, ces pierres polies communément appelées « pierres paysages ». Il en a scanné deux, dont il offre des versions à « l'endroit » et à « l'envers », histoire de « montrer » deux paysages différents à partir d'une même image. Ainsi, l'une donne l'impression d'une mer houleuse sur fond de tempête, avec éclairs en prime, dans un sens, puis laisse entrevoir le Grand Canyon, voire des signaux de fumée, dans l'autre. L'effet est pour le moins saisissant, d'autant plus que les imprimés ont été soigneusement laminés et montés sur aluminium pour les mettre pleinement en valeur.

Les titres de certaines créations donnent parfois des indices sur ce que les gens pourraient y déceler. La transformation des nuages et Le chemin des nuages étaient, à l'origine, de larges bandes de papier beige collées dans la vitrine d'une boutique en rénovation sur lesquelles l'humidité avaient laissé des traces, des taches. Numérisées et ainsi exposées, elles rappellent aujourd'hui les graphiques scolaires expliquant le cycle de l'eau, des nuages à la pluie, en passant par la condensation.

« Ce sont là des images qui, a priori, ne sont pas faites pour êtres vues », soutient l'artiste visuel.

Du regard, que ce soit en se baladant sur la rue ou en observant un morceau de météorite au microscope, c'est justement ce genre d'inspiration que Nicolas Baier cherche constamment. « Je suis toujours à l'affût, sauf quand je regarde une partie de hockey ! lance-t-il dans un sourire. C'est un aspect du métier qui peut évidemment être étourdissant et que je travaille à corriger, d'ailleurs... »

C'est donc les yeux et l'imaginaire en alerte que le photographe se promène, et non pas avec son appareil autour du cou. « Quand je 'vois' quelque chose, je reviens sur les lieux, souligne-t-il. Sinon, on passe son temps à regarder ce qu'on a photographié au lieu de regarder ce qu'il y a auteur de soi. C'est la meilleure façon de s'aveugler. »

Pas question non plus pour lui de tirer le portrait de qui que ce soit. « Depuis que je suis petit, j'y crois, à cette idée que ça vole l'âme des personnes. Et puis, on oublie alors de se voir dans la vraie vie. C'est pour ça que je travaille dans l'abstrait, afin de permettre aux gens de faire le foyer où ils le veulent dans mes photographies, d'y voir ce qu'ils ont envie d'y voir. C'est ma règle d'or », conclut-il.

Pour y aller

OÙ ? Musée canadien de la photographie contemporaine

QUAND ? Jusqu'au 25 avril

RENSEIGNEMENTS ? 613-990-1985

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