Threads, une vie tissée

Margie Gillis sous toutes ses coutures

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Magnifiquement  emmêlée entre les franges d'un décor conçu... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Magnifiquement  emmêlée entre les franges d'un décor conçu par Pierre Lavoie, Margie Gillis évolue avec toute la grâce épanouie de la maturité, irradiant la salle d'une quiétude presque spirituelle.

Patrick Woodbury, LeDroit

 

Maud Cucchi
Le Droit

Margie Gillis revient au Centre National des Arts et démontre qu'elle détient plus d'une cordelette à son arc.

Membre de l'Ordre du Canada depuis 1988, chevalière de l'Ordre national du Québec, la chorégraphe, auréolée des prix les plus honorifiques, continue majestueusement à tisser son chemin artistique au fil d'une créativité débordante, sans cesse renouvelée et, à juste titre, acclamée. Elle a offert hier soir, en première mondiale, une pièce d'autant plus touchante que son implication personnelle est réelle, et son message essentiel. Une soirée unique pour un public venu en nombre, emporté magistralement par le talent d'une grande artiste à la longue chevelure grise.

Avec Thread, c'est tout le « patron » d'une vie qui est découpé, analysé, recousu, en une série de solos incroyables de douceur et de détermination, un patchwork finement ciselé dans lequel le corps se fait fibre, se tord et s'allonge ; une matière en mouvement continuellement reformée, reformulée pourrait-on dire, car en filigrane s'impose subrepticement la métaphore antique du fil d'Ariane, jusqu'à son issue finale dans un labyrinthe abyssal tout de blanc enrubanné. Tour à tour tisseuse, tissu, tissée, la chorégraphe-danseuse tire, en grande tragédienne moderne, les fils de nos existences décousues et s'impose en guide des liens vitaux aux différents âges de la vie. Deux intervenants l'accompagnent, l'aînée du trio Eleanor Duckworth et le jeune Ian Yaworski, dont la présence évanescente symbolise par les âges opposés, l'aube et l'aurore de nos vies.

Une vie au ralenti

Chrysalide, cordon ombilical, les premiers mouvements de la danseuse prennent le temps de dévoiler une naissance en plaçant immédiatement la représentation dans une temporalité suspendue, aérienne, qui tranche avec le rythme auquel le spectateur est habitué. La chorégraphe ne lésine pas sur les ralentis, les pauses, au risque de rendre hermétique une partie de l'écriture. Pourtant, l'équilibre, toujours tenu à un fil, ne se rompt jamais, et l'espace sonore créé par Larsen Lupin y est certainement pour beaucoup, en insufflant à la trame toute la douceur des instruments à cordes et l'originalité de bruitages divers.

Magnifiquement emmêlée entre les franges d'un décor conçu par Pierre Lavoie, Margie Gillis évolue avec toute la grâce épanouie de la maturité, irradiant la salle d'une quiétude presque spirituelle, qui laisse deviner un processus de création approfondi. Elle réussit à donner de l'esprit au corps et s'offre à notre regard comme le vecteur d'une écriture toujours en action, fruit d'un travail presque artisanal, qui, comme les 'petites mains' des manufactures textiles, construit et déconstruit inlassablement pour parfaire l'oeuvre d'ensemble.

Le résultat, que l'on voudrait plus long que l'heure proposée, émeut et laisse muet. Dans l'écriture sophistiquée, certes, mais surtout dans l'émotion fragile qui s'immisce sur scène par le mouvement. À la virtuosité du plateau s'ajoute une douce gravité qui happe le spectateur dans la confection d'une chorégraphie éclatante et apaisante.

De cette maturité, elle rend assurément le geste posé, gracieux en toutes circonstances, dans la beauté de la force de l'âge comme dans les retranchements douloureux de la vieillesse.

Lorsque les textiles tombent, la nudité s'exhibe sans artifices pour se transformer en une expérience tortueuse. Décrépitude, emprisonnement, aliénation, viennent se tisser au canevas d'ensemble, démontrant que Thread est loin de faire dans la dentelle. Il aura pourtant suffi de quelques roses tendues à l'insu de Margie Gillis pour que le bouquet final s'envole en toute légèreté parmi les rires et les applaudissements.

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