La journée de la jupe au FFO

Spectacle dur, mais poignant

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Dans La Journée de la jupe, le jeu... (Courtoisie)

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Dans La Journée de la jupe, le jeu d'Isabelle Adjani est particulièrement impressionnant.

Courtoisie

Valérie Lessard
Le Droit

Percutant, intense, violent, pertinent, dur et poignant : La Journée de la jupe est tout ça à la fois. Le long-métrage de Jean-Paul Lilienfeld permet de plus à Isabelle Adjani de briller de tous ses feux. Pas étonnant qu'elle ait récemment reçu, pour cette bouleversante performance, le César de la meilleure actrice.

Sonia Bergerac (Adjani) enseigne dans un collège laïc en banlieue parisienne. Si elle porte des jupes, c'est par conviction, mais aussi à ses risques et périls, l'a déjà prévenu moult fois son principal. Les remarques désobligeantes, les menaces et la violence à laquelle elle est constamment exposée l'ont fragilisée. Au point où, quand elle trouve une arme dans le sac de l'un de ses élèves, elle craque et prend son groupe en otage.

Pendant qu'à l'extérieur, collègues, parents policiers, négociateurs et ministre dénoncent la situation ou oeuvrent à résoudre le problème, Sonia Bergerac, elle, entreprend d'apprendre à ses étudiants quelques notions sur Molière... à la pointe du pistolet. Tout en tentant de leur faire comprendre qu'ils ont le devoir de réussir pour donner un sens au sacrifice de leurs parents, qui ont souvent tout quitté dans l'espoir de leur donner un avenir meilleur. Et tout en réclamant aux autorités une « journée de la jupe », c'est-à-dire une journée au cours de laquelle l'État affirme que filles et femmes peuvent porter une jupe sans craindre d'être traitées de putes...

Pour chacun des acteurs de cette prise d'otage, c'est une tout autre pièce qui, rapidement, se développe dans le petit studio insonorisé. Garçons et filles se confrontent, à grands renforts de vérités pas toujours faciles à entendre - ou à voir, dans un cas bien précis. Préjugés et injures racistes résonnent et éclatent. Les masques tombent, révélant de nombreuses blessures, et pas seulement physiques.

Dans ce film cru, sans complaisance et, surtout, sans compromis, la magistrale Isabelle Adjani est entourée d'une bande de jeunes criants de vérité. De l'arrogant Mouss, délinquant noir par qui le malheur arrive (Yann Ébongé) à la fragile Nawel (Sonia Amori) qui osera se lever face aux garçons, voire défendre son enseignante, ces adolescents ne jouent pas leur rôle : ils sont ces élèves à la fois cruels et écorchés vifs, insolents de certitudes et en quête de vérité. Ils sont cette génération qui cherche tant bien que mal à faire sa place dans une société qui, sont-ils convaincus, ne veut rien savoir d'eux.

Personne ne sort indemne de cette journée. Et il faut voir la toute dernière séquence de ce film troublant pour prendre conscience du réel pouvoir d'une jupe.

La Journée de la jupe. De Jean-Paul Lilienfeld. Avec Isabelle Adjani, Yann Ébongé, Sonia Amori. Projections : Cinéma 9, ce soir, 19 h ; Galeries d'Aylmer, 17 mars, 19 h.

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