Créée en 1997, la pièce Littoral a été complètement revue cet été pour le Festival d'Avignon, où Wajdi Mouawad était artiste associé. Le directeur artistique du Théâtre français a décidé d'offrir en exclusivité nord-américaine au Centre national des arts ce tout premier chapitre défendu par une nouvelle distribution.
Près de 14 ans après sa création, Wajdi Mouawad a retrouvé Littoral avec un plaisir évident. S'il a sabré ça et là dans le texte, c'est davantage la mise en scène qui témoigne du nouveau regard que l'auteur a posé sur son oeuvre. Il poursuit, avec Littoral, l'exploration de la peinture qu'il avait amorcé avec Seuls, spectacle solo qu'il avait présenté la saison dernière.
La peinture est omniprésente dans cette nouvelle cuvée de Littoral. Les couleurs viennent appuyer le propos et le texte. La scène et les personnages deviennent les canevas de ces couleurs qui symbolisent tour à tour la jouissance, le sang qui coule, l'eau qui lave les souillures ou encore la moisissure. Les couleurs sont aussi utilisées comme objets d'évocation. Elles soulignent la pureté, la passion et la nature. Elles donnent un sens à la prise de parole et, à leur façon, renforcent la mise en scène.
Wilfrid (Emmanuel Schwartz) porte le cadavre de son père sur le dos. Un homme marqué par la guerre, un homme qu'il a très peu connu. Après la mort de sa femme, qui est décédée en donnant la vie à Wilfrid, il a confié son fils à sa famille et a décidé d'aller vivre sa peine aux quatre coins du monde.
Le jeune homme, qui affronte la vie entouré d'une équipe de tournage imaginaire et d'un valeureux chevalier toujours prêt à le défendre, que ce soit contre un monstre ou un médecin légiste peu coopérant, décide d'aller enterrer son père dans son pays natal.
Au village de son père, il se voit refuser l'accès au cimetière. Ce dernier affiche complet, résultat des dernières années de conflit. Entouré d'une poignée de jeunes adultes rencontrés en chemin, dont l'intense Simone (Catherine Larochelle), Wilfrid décide de se rendre jusqu'à la mer. Il ne cherche pas seulement un lieu de sépulture, il se cherche lui-même. Ne sachant pas qu'il y est, il n'arrive pas à nommer sa douleur.
La mort du père marque chez Wilfrid la mort de l'enfance, tout comme la guerre a volé l'innocence à ses compagnons de fortune. Enterrer le père, c'est accepter de grandir.
Wajdi Mouawad donne le temps et les moyens à son histoire et à ses nombreuses ramifications de se développer sous les yeux du public. Si les premières scènes, notamment celles du « peepshow », semblent un peu précipitées, le spectacle prend le rythme des personnages, qui ne se gênent pas pour remettre en question la mise en scène ! De petits moments cocasses, très Wajdi Mouawad, qui permettent de rire entre deux récits de guerre.
Littoral est une pièce qui se déballe lentement, où l'on est à même de sentir à quel point l'auteur tient bien les ficelles de son récit. Un texte qui cherche à réconcilier la mort avec la paix, un texte où tout est possible. Même la mort peut y danser un tango avec un rêve d'enfance.
POUR Y ALLER
QUOI ? Littoral de Wajdi Mouawad
OÙ ? Centre national des arts
QUAND ? Jusqu'au 19 septembre, à 19 h 30
RENSEIGNEMENTS ? Billetterie du CNA ou chez Ticketmaster, au 613-755-1111











