Loin du geste convenu, mêlant remerciement poli au désir impatient de partir, les applaudissements de la première représentation de Sutra ont été francs et chaleureux pour accueillir le bref retour, au Centre national des arts, d'un des maîtres actuels de la danse contemporaine, Sidi Larbi Cherkaoui.
Ils ont surtout prouvé combien le public ottavien est tombé sous le charme du chorégraphe flamand-marocain et de la présence insolite d'interprètes peu communs : 17 moines bouddhistes du temple Shaolin - danseurs pour l'occasion - ont collaboré à cette expérience unique.
Sans être une fidèle reconstitution folklorique, Sutra interroge les forces physiques et mentales de ces moines pour qui le kung-fu, plus qu'un art martial, relève du spirituel. La scène, entourée d'un voile gris, leur offre un vaste espace de réflexion et de création, amplifié par la présence surplombante de musiciens, en arrière-scène. Tantôt dévoilé, tantôt caché par une lumière tamisée, le quatuor de cordes et de percussions respire au même rythme que les mouvements des danseurs. La musique, chatoyante à l'oreille, a certainement dû être adaptée à une zone de confort sonore pour un public international.
Simplicité et harmonie
Si le spectacle se déroule dans un clair-obscur reposant, la chorégraphie dévoile une fluidité que ces 21 boîtes en bois jonchant la scène ne laisseraient deviner. Créés par l'artiste visuel britannique Antony Gormley, ces seuls éléments du décor, de la taille d'un homme, copient l'interchangeabilité d'un jeu de Lego et démultiplient les possibilités scéniques : tour à tour portes, cercueils, étagères, colonnes, barques ou pétales de fleur, elles proposent de nouveaux horizons avec lesquels les danseurs font toujours corps.
Le plus bel exemple d'harmonie apparaît en début de représentation, quand les déplacements des 17 moines sont synchronisés en léger décalage. La chorégraphie, en canon, se déploie tout en splendeur, suivant le ballet hypnotisant des bancs de poissons ou des oiseaux migrateurs. Le thème animal n'est d'ailleurs jamais très loin. Par petites touches, il insuffle au danseur un rythme particulier et il en faut peu pour que les gestes rituels glissent vers l'incarnation d'un animal ou d'un sentiment. Le groupe des moines ne fait souvent qu'un, et Cherkaoui, également danseur dans le spectacle, se place modestement à l'écart en mettant en scène son rôle de direction. Le plus jeune des interprètes, seul enfant de la troupe qui peut donc prétendre au rôle charismatique du diablotin espiègle, établit le relais entre la confrérie et le chorégraphe.
Mais trop souvent en position contemplative pour un spectacle d'un peu plus d'une heure, Cherkaoui prive le public de son talent extraordinaire de danseur, choisissant plutôt d'empiler soigneusement un jeu de cubes en retrait du plateau. On aurait préféré le voir partager plus souvent l'énergie cinétique des moines et communier avec leur force spirituelle au lieu de se contenter de la symboliser.
Un spectacle dense, intense, mais dans lequel le chorégraphe hésite à prendre place.











