Le monde a changé

 

Michel Gratton
Le Droit

Le monde a changé hier soir. L'impossible ne l'est plus. Un homme devenu phénomène a balayé l'Amérique. Et le raz-de-marée qu'il a causé a déferlé à travers les océans. Plus personne, nulle part, ne voit maintenant les États-Unis de la même façon.

Barack Obama, jeune sénateur qu'on connaissait à peine il y a deux ans, a défié tous les préjugés et plus de 200 ans d'histoire, pour devenir le premier homme de race noire à être élu président des États-Unis.

On ne répétera jamais assez souvent que cette élection d'une ampleur historique sans précédent arrive moins de 150 ans après l'abolition de l'esclavage aux États-Unis, et moins de 50 ans après le règne meurtrier du Ku Klux Klan dans les états du Sud américain.

Et même si sa victoire était attendue par les sondeurs, elle reste renversante lorsque nous sommes placés devant le fait accompli. Il faudra un certain temps pour absorber toutes les ondes de choc de ce qu'elle signifie pour le peuple américain et pour la planète.

Tous nos instincts nous dictent cependant une certitude : Notre monde a changé, et profondément.

Il est aujourd'hui permis de croire que la race humaine vient de faire les premiers pas dans une nouvelle ère glorieuse, au potentiel illimité. Une ère que l'on oserait souhaiter comparable aux exaltantes années 1960 où des personnages à l'auréole surhumaine comme John et Bobby Kennedy, Martin Luther King et un pape modeste du nom de Jean XXIII, sans parler de John Lennon et les Beatles, nous ont fait croire que tout nous était possible.

Audace et confiance

D'un monde qui nous semblait perpétuellement gris et démoralisant, Barack Obama, par son audace inédite et sa confiance absolue dans un pays et un monde meilleurs, nous fait cadeau d'un monde nouveau où nos rêves les plus fous sont permis.

Sans oublier la sagesse du peuple américain qui, comme le démontre de façon répétée son histoire houleuse, a la capacité de nous épater souvent plus forte que celle qu'il a de nous décevoir. Ce n'est pas facile de mener le monde. Mais, lorsqu'ils comprennent qu'ils doivent d'abord le faire en donnant l'exemple, les Américains peuvent le faire excessivement bien.

En fait, l'élection d'Obama est peut-être la preuve la plus convaincante que la Constitution américaine, l'un des plus beaux documents de l'Histoire, est toujours vivante et continue de contribuer à l'avancement de l'humanité.

Évidemment, l'euphorie n'aura qu'un temps. C'est d'ailleurs Obama lui-même qui a voulu nous le communiquer en disant qu'il s'efforçait de ne jamais descendre trop bas dans les moments difficiles ou de monter trop haut dans les moments de gloire.

La froide analyse des circonstances particulièrement favorables qui l'ont conduit à la Maison-Blanche pourrait tempérer les ardeurs de certains dans l'importance de cette victoire que plusieurs voyaient comme inévitable au départ.

Il est indéniable que les conditions favorisaient énormément la cause du Parti démocrate. Non seulement la conjoncture économique était-elle déjà désastreuse, elle a pris l'allure d'une véritable catastrophe à un point crucial de la campagne avec l'effondrement des banques américaines.

Son adversaire John McCain a aussi choisi ce moment pour faire sa déclaration mémorable affirmant que «les fondements de l'économie américaine sont solides.»

L'effet Bush

On ne peut oublier non plus l'impopularité sans précédent du président sortant George W. Bush. John McCain lui-même avouait en entrevue la semaine dernière que le camp Obama avait adopté une brillante stratégie en l'associant à Bush, dont il a appuyé les politiques plus de 90 % du temps.

Sans parler de la guerre en Irak, que McCain a appuyée sans réserve en espérant que les Américains croyaient encore que «la victoire» était plus importante que tout. Mais le message qui a marché pour Bush lors de sa campagne de réélection de 2004 ne passait tout simplement plus.

Tout cela n'enlève rien cependant à l'exploit réalisé par Obama. Si les Américains avaient été fidèles à leurs anciennes habitudes électorales, malgré tous les négatifs qu'il avait contre lui, John McCain aurait pu facilement l'emporter.

Car, à la fin, il ne s'agissait pas d'une élection entre Obama et McCain. C'était un référendum sur la capacité de Barack Obama d'être président des États-Unis.

Et il ne doit qu'à lui-même le fait qu'il soit parvenu à convaincre une grande majorité d'Américains qu'il avait la trempe d'un président. Obama a été un candidat presque parfait. On estime qu'il n'a commis qu'une gaffe en 21 mois de campagne, et c'était durant les primaires contre Hillary Clinton.

L'organisation de sa campagne qu'il dirigeait comme un pdg a fait des pirouettes autour de la machine républicaine que l'on croyait invincible. Ils ont accumulé tellement de millions $ en dons, que leur candidat a pu se payer en fin de campagne un «infomercial» de 30 minutes sur sept réseaux de télévision majeurs du pays.

D'un calme implacable dans les pires moments, il a captivé l'imagination d'Américains de tous les âges, tous les groupes ethniques, toutes les couches sociales, comme indiquent les résultats. Barack Obama a tout simplement rendu les Américains confiants et, surtout, fiers de voter pour lui. Un tel tour de force n'est pas dû aux circonstances favorables, mais à la grandeur de l'homme.

Aujourd'hui, les attentes sont immenses. Mais, si Obama continue de faire appel à l'unité et à la solidarité d'action du peuple américain, il pourrait nous étonner encore davantage.

mgratton@ledroit.com

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