Jamais les Américains n'ont-ils paru aussi heureux de leur sort, aussi confiants en leur avenir, dans un pays où les choses n'ont pourtant jamais semblé aller aussi mal.
Le pire, le plus bizarre, est qu'on ne peut même pas conclure que ce n'est que le fruit d'une de leurs grandes illusions habituelles. Cette fois-ci, il y a autre chose dans l'air.
Et il est difficile de mettre précisément le doigt sur ce qui fait la différence. On sait que l'élection historique de Barack Obama a profondément changé les choses. Dans la perception que les Américains ont d'eux-mêmes, autant que dans la perception qu'a le monde des États-Unis.
On sait qu'on en est revenu à croire dans le fondement même du grand rêve américain que tout est possible si seulement on le veut suffisamment.
Mais, dans le fond de tout ça, il y a une autre raison. Une raison beaucoup plus simple et humaine. Il s'agit du sentiment qu'à travers les États-Unis, comme ailleurs dans le monde, on a l'indubitable conviction d'avoir là un «président élu» dont la plus grande qualité est celle de la compassion qu'il a pour tous ses semblables. Qu'il ne réglera peut-être pas tous les problèmes, qu'il ne le fera assurément pas d'un grand coup ou même rapidement, mais qu'il ne cessera pas une seconde d'essayer de le faire. Prudemment. Et avec sincérité.
Où commencer ?
Ça fait drôlement changement des huit dernières années où la stratégie de base du duo Bush-Cheney était de tuer chaque mouche avec un canon, même les mouches qui n'étaient pas là. Ou de mettre fin aux incendies en laissant brûler la maison.
Maintenant, ce n'est pas tellement la stratégie utilisée par Obama qui préoccupe vraiment quiconque, mais plutôt la question : par où est-ce qu'on commence ?
Parce que les problèmes auxquels Obama est confronté sont aussi nombreux qu'apparemment inextricables.
Au cours de la première entrevue de taille qu'il a accordée après son élection, dimanche dernier à l'émission 60 Minutes, le président élu a indiqué que sa priorité actuelle était d'assurer la sécurité des États-Unis en une période transition de pouvoir toujours fragile.
Il a mentionné la menace terroriste, toujours loin d'être réglée et, pour la première fois, on l'a entendu dire à quel point il était important d'en finir avec le chef du réseau Al-Qaïda, Oussama ben Laden. La mention de ben Laden était surprenante, non seulement parce qu'elle venait de lui, mais parce que son adversaire de campagne John McCain semblait être le seul aux États-Unis à se préoccuper encore du sort du leader jihadiste qui n'existe plus que sur pellicule ou bande sonore. Même George Bush ne mentionne plus son nom depuis longtemps. Curieux que Obama ait choisi son début de mandat pour lui redonner toute cette importance.
Irak, Afghanistan, Pakistan
Mais les questions «de sécurité nationale» américaines vont bien au-delà de ça.
Il y a évidement l'Irak, qui donne l'impression de vouloir se régler, mais qu'on soupçonne de pouvoir ré-exploser à n'importe quel moment. Et puis, l'Afghanistan, où le commandant-en-chef Obama entend envoyer le gros des forces de frappe américaines pour mettre aux Talibans et à la réémergence possible d'al-Qaida. Difficile de croire que même lui réussira à mater un pays qui n'en est pas un, n'en a jamais été un, n'en sera jamais un et qui n'en finit plus de se battre depuis des millénaires.
Mais juste à côté, il y a le Pakistan, dont les régions montagneuses impraticables sont le refuge actuel d'al-Qaida. Comment Obama peut-il venir à bout de ben Laden, sans intervenir dans ce pays théoriquement «allié» ? Le gouvernement pakistanais nouvellement élu a bien averti les États-Unis de ne pas mettre ses bottes sur son territoire, ni d'y envoyer ses «drones» armés de missiles dans ses airs.
L'Iran et la Russie
Évidemment, il y a l'Iran. Obama a été le premier président élu des États-Unis à recevoir un télégramme de félicitations du président iranien depuis 30 ans. Mais, le nouveau président américain a bien signalé qu'il ne tolérerait jamais les ambitions nucléaires iraniennes.
Comme si ce n'était pas suffisant, il y a la remontée orageuse de la nouvelle Russie que George Bush a juste un peu trop éperonné avec l'expansion exagérée de l'OTAN jusque possiblement en Ukraine et en Géorgie - récemment victime d'une invasion punitive. La Russie a une arme puissante qu'elle n'avait pas au temps de la guerre froide : elle tient pratiquement l'Europe entière en otage avec son pétrole, particulièrement son gaz naturel.
L'heure n'est plus à jouer au plus fort, mais beaucoup de tort a été fait. Il y aura des dégâts à réparer.
Tous ces problèmes mondiaux sur la table d'une Amérique en train de perdre ses meubles dans une chute libre économique sans précédent.
Dieu merci, c'est Obama !
mgratton@ledroit.com










