J'y ai passé toute la journée, comme citoyen et comme chroniqueur. J'ai participé, j'ai écouté et j'y ai beaucoup appris. J'ai surtout réalisé qu'en dépit de leurs différences ou de leurs divergences, les gens ont leur ville à coeur et veulent en faire quelque chose de bien, de meilleur. On ne s'entendra probablement pas toujours sur les moyens, mais on s'entend sur la destination. Je n'y ai pas vu l'amorce d'une lame de fond, plutôt l'expression d'un souci réel de vouloir faire avancer les choses, de faire les choses autrement, de regarder la ville d'une manière différente.
La participation a dépassé les attentes des organisateurs, dont les deux leaders Patrick Duguay et Maxime Pedneaud-Jobin. Ce succès s'explique de plusieurs façons, principalement par un inconfort plus que par de l'insatisfaction sur le climat qui règne à Gatineau. La participation de six conseillers à cette rencontre (Luc Angers, Aurèle Desjardins, Jocelyne Houle, Denise Laferrière, Pilon et Simon Racine) est significative. Il ne faut surtout pas y voir un parti d'opposition, un bloc monolithique ou un groupe de mécontents. Loin de là. J'y ai plutôt vu des conseillers qui sont venus écouter et participer, qui ne se sont pas rangés dans un coin et qui ont échangé au même titre que tous les citoyens. Ils n'étaient pas là pour défendre la ville ou pour défendre leur territoire. Ils étaient là pour tâter le pouls et pour apporter un éclairage réaliste sur les défis d'une ville complexe de la taille de Gatineau.
Jeunes présents
D'autres, toujours intéressés à la chose municipale, comme Paul Morin, Jean Deschênes, Mireille Apollon et René Laprise, sont venus participer, tout comme d'autres citoyens qui voudraient se lancer dans l'arène municipale. J'ai noté, élections obligent, la présence de plusieurs candidats au scrutin du 8 décembre qui ont flairé la bonne affaire, et avec raison : Gilles Aubé, Marc Carrière, Bill Clennett, Maryse Gaudreault, Norm MacMillan et Yves Morin. Les cinq comtés de l'Outaouais touchent à la Ville de Gatineau et leurs candidats ne peuvent être insensibles à ce qui se passe dans l'agglomération qui regroupe 70 % de l'Outaouais. Non seulement ils se sont présentés, mais la plupart ont participé activement aux discussions, tout comme Marcel Proulx, le député fédéral de Hull-Aylmer.
J'ai surtout remarqué la présence des jeunes à ce forum public. Il est bon que leur vision de l'avenir collectif de leur ville se marie à celle des générations précédentes. Ils ont des idées, ils ont des rêves, ils ont des opinions. Ce sont principalement eux qui ont organisé la rencontre de samedi dernier avec en prime la présence de «vieux» loups comme Jean-Marie Séguin et Raymond Ouimet, deux des signataires du manifeste Pour un projet gatinois.
Les absents ont toujours torts. Et il y en avait. Je n'ai remarqué la présence que de deux fonctionnaires municipaux. Cela aurait été une excellente occasion de prendre un pouls différent des rencontres «citoyennes» organisées à grands frais. Peu ou pas de gens d'affaires. Il aurait été bon que quelqu'un du bureau du maire Marc Bureau y fasse acte de présence car en aucun temps on a «bouffé du Bureau». Suggestion en passant : le nouveau directeur général de Gatineau, Robert Weemaes, y aurait eu une occasion idéale de se faire connaître et de rencontrer de larges pans d'une population agissante.
Parti politique ?
Ce forum de samedi a été organisé, et fort bien, «sur le bras», sans véritable commandite, sans grosse infrastructure. Même le café était excellent, foi de journaliste ! Ceux qui craignaient que l'on assiste à une séance de «bitchage» se sont trompés, à part certains gueulards de service que personne n'écoute et qui auraient avantage à apprendre les vertus du silence.
Est-ce que ce forum pourrait déboucher sur d'éventuelles candidatures ou même sur la création d'un parti politique ? Je n'en suis pas certain. L'idée circule mais elle n'était pas évidente dans la trame du forum de samedi. C'est beau de parler de l'avenir d'une ville ou d'une certaine vision de son avenir. Il faut avoir les pieds bien ancrés dans la réalité. Une ville, ce n'est pas juste une vision, un rêve, une vision de l'esprit. C'est aussi des policiers, des pompiers, de l'eau potable, des eaux usées, des déchets, des infrastructures, des logements, des nids-de-poule, des logements, des parcs, du transport en commun. Ce sont autant de «vraies» affaires qui ne changent pas avec une vision et qui se retrouvent sur un compte de taxe. Ce sont aussi des citoyens qui sont moins intéressés par la chose municipale qu'on ne voudrait l'imaginer. Le maire de Vancouver, par exemple, vient d'être élu avec 25 % de participation.
Tout cela ne doit pas empêcher de vouloir faire mieux, faire différent, faire autrement, faire ensemble. Malgré leurs différences, les participants au forum de samedi dernier étaient au bon endroit au bon moment pour parler de projet. Les absents ont raté une excellente occasion de découvrir que c'est aussi dans de tels forums de citoyens engagés que Gatineau se construit, un arbre, un projet et un village urbain à la fois.
pbergeron@ledroit.com











