Si le président Obama compte fermer Guantanamo, le concept plus général de «guerre contre la terreur» est toujours bien vivant à Washington. La plupart des responsables de la défense et de la politique étrangère nommés par Obama y croient. En outre, rien n'indique que le nouveau président américain remette en question cette stratégie. Pourtant, il y a quinze ans, cette idée aurait suscité le mépris de toutes les écoles militaires du pays.
Cette génération d'officiers américains a tiré deux enseignements de son expérience déplorable au Vietnam. D'une part, partir à l'autre bout du monde pour mener une campagne militaire conventionnelle contre une idéologie (le communisme à l'époque, l'islamisme aujourd'hui) est une aberration. Et, d'autre part, malgré l'acharnement - aussi important soit-il - de l'autre camp à soutenir qu'il ambitionne d'étendre son idéologie au monde entier, ses vraies motivations sont essentiellement politiques et se limitent en général au niveau local (le nationalisme vietnamien à l'époque, les nationalismes iraquien et afghan aujourd'hui).
L'analogie avec le Vietnam n'est pas si saugrenue qu'on pourrait le croire. Il y a sept ans que des soldats de base américains sont en Afghanistan. Pour la plupart, ils sont affectés à une mission d'entraînement comparable à celle des «conseillers» militaires que les présidents Eisenhower et Kennedy avaient envoyés dans le sud du Vietnam de 1956 à 1963. La tâche politique qui consistait à créer un État pro-occidental et anticommuniste avait été confiée à l'homme de la Maison-Blanche à Saïgon, Ngo Dinh Diem. Et l'armée du Sud-Vietnam était chargée de combattre les rebelles communistes, le Vietcong.
Similitudes
Seulement voilà, ni Ngo Dinh Diem, ni l'armée sud-vietnamienne n'ont vraiment réussi à mener à bien leur mission. Au début des années 1960, le Vietcong était nettement engagé sur le chemin de la victoire. Si bien que John F. Kennedy a autorisé un groupe de généraux sud-vietnamiens à renverser Ngo Dinh Diem (même s'il est apparu choqué à la mort de Diem). Lyndon Johnson, qui a succédé à Kennedy peu après, a entériné un renforcement rapide des forces américaines engagées au Vietnam. Il a d'abord porté le nombre de soldats américains à 200 000 à la fin de 1965, avant de l'augmenter encore pour atteindre un demi-million en 1968. Les États-Unis se sont chargés de terminer la guerre. Et ils ont perdu.
Étranges similitudes, n'est-ce pas ? En effet, nous sommes rendus au même moment dans la guerre d'Afghanistan. L'homme de Washington à Kaboul, le président Hamid Karzaï, et l'armée afghane qu'il est censé commander (en théorie) n'ont pas réussi à réprimer l'insurrection. Ils perdent visiblement du terrain.
Ainsi, sur le dossier afghan, on ne parle que du remplacement d'Hamid Karzaï à Washington. Cela se fera sans doute par l'intermédiaire d'élections, mais elles sont facilement manipulables en Afghanistan.
Par ailleurs, le nombre de militaires américains dans le pays est porté à 60 000. Divers alliés des États-Unis ont également des troupes basées en Afghanistan, exactement comme au temps de la guerre du Vietnam. Mais ce sont les États-Unis qui reprennent le contrôle de la guerre.
On sait déjà comment ça va finir. Les présidents John F. Kennedy et George W. Bush n'ont pas beaucoup de caractéristiques communes.
Mais ce sont tous les deux les tenants d'une croisade idéologique qui a embourbé les États-Unis dans une guerre ingagnable à l'étranger. Et, qui plus est, une guerre pour laquelle une victoire n'aurait servi à rien ! Ils ont ensuite légué cette guerre à un président qui portait d'ambitieux projets de réforme pour son pays, mais qui ne s'intéressait pas beaucoup aux affaires étrangères ou manquait d'expérience en la matière.
Mêmes eaux troubles
Cet héritage a détruit Lyndon Johnson, qui a suivi les conseils «pourris» des conseillers militaires et civils que lui avait laissés Kennedy. Il faut dire qu'à l'époque, les choix étaient assez limités à Washington. Aujourd'hui, Obama dérive vers les mêmes eaux troubles. Et les conseils malavisés qu'il reçoit de la part des stratèges en faveur de la «guerre contre la terreur» pourraient également lui porter préjudice.
Il a compris que la guerre d'Irak était stupide et inutile, mais il n'a pas encore étendu cette analyse à l'Afghanistan. Barack Obama doit se poser deux questions, la première étant : Oussama ben Laden voulait-il que les États-Unis envahissent l'Afghanistan en réponse aux attentats du 11 septembre 2001. La réponse à cette question est : oui, bien sûr qu'il le voulait.
Voici la seconde question : sur les dizaines de milliers de personnes que les États-Unis ont tuées en Afghanistan et en Irak, est-ce qu'une seule d'entre elles se serait rendue aux États-Unis dans le but de lui faire du tort. Réponse : probablement pas. D'autres individus seraient peut-être partis aux États-Unis avec l'intention de nuire, mais pas ces victimes.
Il semble, par conséquent, que faire de l'Afghanistan un nouveau Vietnam est probablement la mauvaise stratégie.











